Voter, pourquoi faire ?
Écrit par Stéphanie   
Jeudi, 12 Avril 2012 19:19

Pour pouvoir voter en 2012, il fallait s'inscrire sur les listes électorales avant le 31 décembre 2011. « Dépêchez-vous, sinon vous ne pourrez pas faire entendre votre voix aux prochaines élections ! » ont entonné à l’unisson les groupuscules minoritaires et autres militants des causes perdues d’avance. Et les organisations musulmanes n’étaient pas en reste vis-à-vis de leurs ouailles, persuadées qu’une grande quantité d’inscriptions « terrifierait » ceux qui leur font des petites misères à longueur d’année.

Elles se sont fort démenées pour culpabiliser les présumés abstentionnistes et les rendre responsables avant l’heure des insuffisances et des échecs communautaires. Mais canaliser le vote musulman, pour obtenir ou empêcher quoi que ce soit, est une autre paire de manches puisqu’il y a assurément incapacité d’inciter le moindre candidat à soutenir la moindre aspiration musulmane ou simplement de dissuader les plus infâmes d’entre eux de livrer sans vergogne les traditions islamiques à la vindicte populaire, à seule fin de racoler les suffrages racistes, xénophobes et islamophobes.

Certains, de sources relativement autorisées, avancent carrément que c’est péché (haram) de participer aux scrutins extra-musulmans (1), alors que d’autres leur opposent des avis juridiques contraires qui relativisent la participation civique à ces votes (2). Qu’importe puisque, jusqu’à preuve du contraire, tant qu’il n’y aura pas de concertation musulmane au sein de l’Hexagone, les suffrages individuels ne changeront et n’empêcheront rien du tout. Faute d’accord et d’union sacrée sur l’essentiel entre les différentes composantes de la Communauté musulmane, il n’y aura aucune avancée notable dans aucun des domaines qui la concerne. « Il faut nous sauver les uns les autres, il faut nous protéger les uns les autres » (3). Tant que les uns n’arrêteront pas de débiner les excès ou les défauts de religion des autres en se jetant l’anathème, tant qu’on ne favorisera pas la position dogmatique la plus exigeante et tant que les influences étrangères et le sectarisme ne cesseront pas de ronger la Communauté, on n’aboutira à rien de concret et de durable. Les Pouvoirs Publics « laïcs » français, de quelque bord qu’ils soient, forts de ces désaccords endémiques auront, encore et toujours, beau jeu de continuer à interférer dans notre culte par Organisme Gouvernemental Musulman (OGM) interposé (4).

Depuis plusieurs décennies, les Musulmans du Royaume Uni ont bien compris les bénéfices qu’ils pouvaient tirer de leur cohésion et du lobbying. Depuis plus de trente ans, ils ont mis en concurrence les partis traditionnels britanniques pour que ceux-ci leur facilitent certaines avancées communautaires. « La cohésion du vote communautaire a permis à la minorité musulmane indopakistanaise de se faire entendre avec vigueur comme telle, au point qu’elle détient pour une bonne part la clé de l’élection des édiles : les partis politiques la courtisent en se livrant à une surenchère islamique en matière d’édification de mosquées, d’enseignement coranique, d’alimentation halal, etc. » (5). Aujourd’hui, la dite communauté se paye carrément le luxe de faire élire celui, Musulman ou pas (6), qui présente le mieux ses doléances, au grand dam des candidats musulmans d’apparence (7).

On sait bien que le scrutin majoritaire à deux tours, qui encourage les accords contre nature et les petites combines partisanes est une arnaque démocratique qui bafoue la véritable expression populaire mais les institutions françaises sont ce qu’elles sont et il faut s’en contenter. En l’état actuel de la communauté islamique en France, vaut-il mieux voter pour le moins pire ou pour personne ? Faut-il bouder les urnes, leur glisser un bulletin blanc dans la fente ou encore, comme le suggèrent certains, y disséminer des messages revendicatifs (8), évidemment dénombrés comme nuls sur le plan électoral mais ô combien jubilatoires si on les considère comme autant de bras d’honneur ?

Daniel-Youssof Leclercq

1. Video youtube
2. Video 1 youtube - video 2 youtube
3. Houria Bouteldja
4. Les Ministères de l’Intérieur et des Cultes, de gauche et de droite, se sont respectivement dotés de leurs écoles de domptage pour Musulmans avec le CORIF (Conseil de Réflexion sur l’Islam en France) de Pierre Joxe en 1991 et le CFCM (Conseil Français du Culte Musulman) de Nicolas Sarkozy en 2003.
5. Les banlieues de l'islam, Gilles Kepel, Le Seuil, Paris, 1987, pages 382-383
6. Novopress
7. Pour paraphraser la formule employée par le Président français sortant : Le monde   
8. Contre islamophobie

 

 

Commentaires  

 
+8 #1 CHERIF MAHMOUD 2012-04-14 00:07 Le vote blanc peut en effet signifier un message lourd de conséquence pour ceux qui veulent bien entendre et comprendre ! Mais,présenteme nt, je me demande s'il n'est pas plus opportun d'utiliser le vote musulman pour barrer le chemin au parti d'extrême droite d'arriver au 3ème rang des élus ! Je pense que si.
Mahmoud Chérif
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