Sur le malaise persistant à France-Algérie
Écrit par Ilyess   
Lundi, 18 Juillet 2011 14:09

Sami Boukaïd. un ancien membre de l'association France-Algérie inspiré par "Indignez-vous" de Stéphane Hessel qui avait été président de cette association...

Vous êtes nombreux à déplorer la multiplication des problèmes qui entravent le bon fonctionnement de l’association France-Algérie.  Pour essayer d’y voir clair, il suffit de faire un bilan sans complaisance de la dernière visite à Alger d’une délégation de France-Algérie, conduite par le nouveau président qu’accompagnait, comme toujours, une seule personne, le secrétaire général J. P. Chevènement, qui connaît A. Boutéflika depuis 1962, a toujours été reçu par le président algérien, que sa visite soit officielle ou privée.

Mais en tant que président de France-Algérie, il n’a pas été reçu par le président Boutéflika qui vient pourtant de recevoir longuement J. F. Copé. Pourquoi ?

Pour y répondre il faut se rappeler des impressions plutôt mitigées laissées par certaines initiatives de la nouvelle direction de France-Algérie, ainsi que par certaines déclarations intempestives.

P. Joxe a été jusqu’à demander aux autorités algériennes de relancer l’association Algérie-France. Cela a été mal reçu à Alger où l’on n’accepte pas facilement ce genre de « conseils ». C’était d’autant moins accepté que France-Algérie ne cachait pas qu’elle a ses candidats préférés pour présider l’association algérienne. Pendant cette campagne destinée à se doter d’interlocuteurs algériens, France-Algérie, qui brillait par sa passivité et sa discrétion qui tendaient à en faire une organisation secrète, a été jusqu’à organiser un grand colloque sur le poète Moufdi Zakaria. Malgré ses recommandations paternalistes aux Algériens de se désintéresser de leur passé, France-Algérie a renoncé à son dogme futurologique, juste pour rappeler au bon souvenir des autorités algériennes Slimane Cheikh, le fils du défunt poète, qu’elle voulait introniser président d’Algérie-France. Le nouveau secrétaire général de France-Algérie se prévaut d’une longue expérience dans les relations avec les Algériens, mais il ne s’est pas avisé qu’ils n’apprécient pas qu’on cherche à leur forcer la main. Ce colloque n’a pas eu de suite. Mais il a mis S. Cheikh dans une position délicate puisqu’il est soupçonné, parfois publiquement, d’appartenir à Hizb França (Parti de la France), au même titre que Smaïn Hamdani, le précédent candidat de France-Algérie.

Joxe bénéficie d’une certaine estime au sein de la gauche du FLN. Mais l’annonce par le Figaro de sa participation comme enseignant dans un institut privé à Lille a été à l’origine de nouvelles interrogations.

Cet « institut » n’est en fait qu’une pompe-à-fric, encouragée par la mairie de Lille, où l’on semble s’intéresser aux seuls à-côtés financiers de l’agit-prop musulman en France. A la tête de cet établissement fictif se trouve un représentant déchu de « l’Islam marocain » en France. C’est quand il a été exclu de la vice-présidence du CFCM que cet ancien agent de Driss Basri et du général Laanigri (cf. C. Dubois et C. Duloire : les islamistes sont déjà là) s’est découvert une bien tardive vocation pour l’enseignement. Il s’est surtout employé à saboter la Fondation des œuvres de l’Islam, qui avait été créée par D. de Villepin pour introduire un peu de transparence dans le financement du culte musulman en France. Pour complaire aux services marocains, cet agitateur proposait des voyages gratuits à Layoune en échange de déclarations télévisées en faveur de la marocanité du Sahara Occidental. A Alger, on est intrigué par l’étroitesse des liens maintenus par le secrétaire général de France-Algérie avec cet individu peu recommandable dont les agissements contribuent à avilir la religion musulmane et à donner une mauvaise image des franco-maghrébins du PS. Après le 17 février des imams marocains invités en Lybie ont révélé l’identité du colonel des services lybiens pour qui travaillait ce mouchard, tandis qu’un de ses proches parents estimait à 800.000 euros le montant des collectes faites au nom du projet de mosquée de Clichy et de l’institut fictif, mais pour être investis dans l’immobilier au Maroc. On sait aussi que ce triste sire a obtenu un faux diplôme d’El Azhar sur recommandation des services du général Omar Souleiman qui voulait lui faciliter l’infiltration des milieux islamiques. France-Algérie s’est fourvoyée en se laissant entraîner par cet agitateur à participer aux « assises » de l’enseignement de la langue arabe qui eurent pour effet la prorogation de la suspension du CAPES d’arabe.

Avec les Nomenkaturas algériennes le secrétaire général se fait passer pour un inconditionnel du Polisario. Mais quand il avait du mal à se faire inviter en Algérie, il soutenait toutes les initiatives de cet agitateur intrigant et affairiste qui en a fait le président du « Conseil scientifique » d’un institut fictif dont une partie des financements lybiens et qataris seraient reversée à une caisse noire socialiste. En outre, les liens de cet activiste avec une demi-douzaine de services de renseignements le rapprochaient des anciens conseillers aux cultes désireux de continuer à bénéficier des avantages rapportés par le maintien des contacts avec les officines chargées de la surveillance des musulmans.

Quand France-Algérie a pu sortir de son isolement en réussissant à se faire inviter à Alger par la Fondation de l’émir Abdelkader, cela s’est traduit par un véritable sabotage d’un grand colloque que le Mémorial de l’émir s’apprêtait à organiser en 2008. La délégation de France-Algérie (composée, comme toujours, du président et du seul secrétaire général) promit un peu trop rapidement à Boutaleb l’organisation d’un colloque concurrent sous l’égide de l’association. Mais cette promesse fut vite oubliée. Et la Fondation de l’émir s’est crue encouragée à sommer les animateurs du Mémorial de renoncer à leur projet auquel étaient associés des personnalités scientifiques comme Arkoun, Valette, Levallois, Pouillon,…

Les Algériens n’ont pas apprécié non plus la conférence organisée avec P. Joxe et J. Lacouture au Centre Culturel Français de Constantine en décembre 2007, peu de temps avant la visite de Sarkozy. Les conférenciers furent durement attaqués dans la presse arabophone notamment pour leurs propos inadmissibles sur la torture et la restitution des archives. La nouvelle direction de France-Algérie fut alors soupçonnée d’avoir cherché à se rendre sarko-compatible.

Il y eut également les étranges déclarations à la presse algérienne du secrétaire général au sujet des archives. Celui-ci a cru devoir exiger une « réciprocité », allant jusqu’à faire croire à l’existence d’archives en Algérie auxquelles seul les Français n’auraient pas accès. Il a conclu en jetant en pâture le nom d’un chercheur algérien pour trouver particulièrement anormal que ce chercheur puisse obtenir des dérogations pour consulter des archives sur la guerre de libération. Alors que les demandes de ce chercheur algérien sont examinées au même titre que celles des historiens mexicains, ukrainiens, japonais, turcs et…français.

A Alger, on sait que les nouveaux dirigeants de France-Algérie venus du Parti Socialiste redoutent la relance des débats sur les rôles de F. Mitterrand dans cette guerre. Leur enfumage sert à faire oublier que l’option répressive a été imposée, non pas par des militaires, mais par le ministre de l’Intérieur de P. Mendès-France. Voulant réagir à l’excellent livre-entretien « Si la gauche savait… » de M. Rocard, Joxe, encore marqué par les vieilles querelles entre les courants A et C du PS, a cru bon d’accabler Mendès-France dans un livre où la subjectivité l’emporte sur l’exactitude historique. On s’explique mieux les recommandations récurrentes de « se tourner vers l’avenir », l’ambiguïté de la position de France-Algérie sur la loi du 23. 2. 2005 (sur laquelle le secrétaire général était en phase avec Douste-Blazy) et la toute récente, mais vaine tentative de sabotage de la célébration de l’autre 8 mai 1945 à Rennes.

Ces « amis » de l’Algérie venus du PS veulent faire d’Edith Cresson un passage obligé pour la signature des contrats avec les PME françaises et croient que les Algériens ignorent sa présence dans une structure destinée à intensifier les relations commerciales franco-israéliennes. On leur prête même l’intention de faciliter la vente de produits israéliens à l’Algérie, avec tout ce que cela implique comme rumeurs persistantes sur le versement de commissions et rétro-commissions occultes. En outre, seules sont recommandées aux Algériens les entreprises proches du PS. D’où la colère à l’annonce des contrats obtenus sur recommandation de J. P. Raffarin.

N’ont pas été appréciés non plus les chaouchages en vue de faire d’E. Cresson la personnalité française la plus en vue à la Foire d’Alger. Surtout que ces chaouchages s’accompagnaient d’inadmissibles mises en garde contre Gonon qui est unanimement respecté et estimé en Algérie.

Ces intrigues passaient souvent par Chérif Rahmani qui est vite devenu l’interlocuteur privilégié du secrétaire général. Or, ce neveu de Benchérif que les « décideurs » réussissent encore à imposer à Boutéflika est impliqué dans de nombreuses affaires de corruption en Algérie et en France. Plusieurs sites Internet, le Canard enchaîné et M. Sifaoui ont révélé l’ampleur de cette corruption. Et ces révélations ternissent l’image de France-Algérie qui est décrite, par Vincent Geisser et Aziz Zemouri, comme une « officine des généraux algériens ». Qui peut maintenant démentir ces auteurs, au vu de l’étroitesse des liens du secrétaire général avec un ministre corrompu qui n’éprouve pas le besoin de s’expliquer sur son mini-empire immobilier du XVI° arrondissement, uniquement parce qu’il bénéficie de protections en haut lieu ?

France-Algérie, dans sa sourde campagne anti-mémoire, semble avoir induit en erreur Arnaud Montebourg qui, après avoir rencontré le président du Parlement algérien, s'est empressé de lui faire dire que la loi contre le colonialisme ne passera pas. Mais Ziari a immédiatement démenti.

A ces raisons du mécontentement des Algériens, sont venus s’ajouter des récits effarants faisant état de propos arabophobes tenus après le succès des révolutions arabes en Tunisie et en Egypte par des prétendus « amis » des Arabes qui regrettent publiquement les dictateurs, répètent à qui veut bien les entendre que la démocratie ne serait pas faite pour ces contrées et n’hésitent pas à ressusciter les vieux poncifs de l’ethnographie coloniale niant l’existence même d’un peuple algérien.

Plus récemment, après avoir appris la visite secrète à l’Elysée d’un général-major algérien, une partie de la direction de France-Algérie a multiplié les contacts avec les « décideurs » et leurs entourages. Ils croyaient qu’avec l’aide de la France, ces « décideurs » étaient en train de l’emporter dans leur bras de fer avec le président algérien.

Pour toutes ses raisons, le président Boutéflika a été amené à déroger à la règle de l’hospitalité qu’il avait toujours appliquée avec son vieil ami Chevènement qui paie ainsi les choix individuels du secrétaire général.

Pour empêcher cette privatisation rampante de France-Algérie, vous rendrez service à Chevènement en lui écrivant à son adresse personnelle ou au Sénat pour l’informer de ce qui lui est soigneusement caché. Vous l’aiderez ainsi à faire fonctionner une association dont le rôle peut redevenir aussi important que du temps de son fondateur Edmond Michelet, qui s’employait à sensibiliser l’opinion française à l’Algérie, alors que la nouvelle direction ne s’adresse qu’à la presse algérienne.

L’action de France-Algérie gagnera en efficacité si elle s’accorde avec les initiatives des nombreux groupes comprenant notamment de jeunes franco-algériens qui cherchent à développer les échanges entre les sociétés civiles des deux pays.

Les jeunes qui veulent multiplier ce genre d’initiatives ont un enthousiasme qui tranche sur le cynisme et la duplicité de ceux qui perçoivent l’Algérie comme un marché et la coopération franco-algérienne comme un fonds de commerce.

La réussite de France-Algérie suppose une véritable rupture avec la nostalgie du parti unique, la recherche des financements occultes, le soutien aux dictatures et la course éperdue pour les privilèges claniques et les vanités individuelles.

Quand Chevènement sera informé de ce qui lui est dissimulé par des habitués du secret et de la manipulation, il pourra paraphraser Arnaud Montebourg et reconnaître que le principal problème de France-Algérie, c’est son actuel secrétaire général. 

Sami Boukaïd
Ancien membre de l'association France-Algérie


 

 

Commentaires  

 
0 #62 nouri 2012-06-07 21:27 Les hypothèses de cet article vieux de près d'un an se trouvent confirmées par l'affaire du Français arrêté il y a quelques semaines à Annaba où il enregistrait des films pornographiques en attendant d'avoir des contrats avec le ministère algérien du tourisme. Or cet individu vient de France-Algérie. Il avait été un collaborateur d'Edith Cresson à Matignon et est resté proche d'elle. Celle-ci est à la tête d'une structure commercilae franco-israélienne et a été imposée à la Foire d'Alger par la direction "socialiste" de France-Algérie. IL n'est pas étonnant que le dernier message reçu par le proxénéte d'Annaba lui a été envoyé de…Tel-Aviv. Citer
 
 
+1 #61 D.Benchenouf 2011-12-18 13:32 J'ai essayé de m’intéresser à cette curieuse entité, pour essayer de comprendre pourquoi elle ne parvient pas a justifier son propre intitulé. Et plus j'ai cherché à comprendre, plus j'étais sidéré par les luttes qui ont fini par la distinguer. Le plus intéressant serait de connaître le pourquoi d'un tel étripage, particulièremen t lorsqu'on sait que dans ce genre d'initiative, le régime algérien est passé maître en incitations sonnantes et trébuchantes, pour pouvoir les contrôler, en même temps qu'il s'y ménage un vivier de soutiens éventuels, en cas de coups durs. Citer
 
 
0 #60 eliane 2011-10-13 22:51 L'ébruitement du soutien inconditionnel du "président-recteur" à Kadhafi se ressent dans la baisse très sensible des inscriptions à "l'Institut"-écran de Lille. Citer
 
 
0 #59 samuel 2011-10-13 22:48 Les aubrystes ont découvert sur le tard le tort fait à la campagne de M. Aubry par le "président-recteur" et son institut fictif. Bon nombre de musulmans qui avaient de la sympathie pour elle (et pas seulement pour les piscines pour femmes musulmanes-marocaines?- seules), mais ne comprennent pas son soutien à un tel charlatan. Citer
 
 
0 #58 djomaa 2011-10-10 00:06 Il est de notoriété publique que le "président-recteur" s'est démené pour envoyer de France même des mercenaires pro-Kadhafi. Citer
 
 
+1 #57 alexis 2011-10-03 23:09 Un président de "conseil scientifique" choisi en fonction de ses sabotages systématiques des projets de faculté de théologie musulmane à Strasbourg et d'instituts publics à Paris! Cela n'arrive qu'à l'Islam et aux musulmans en France que ces messieurs traitent en bougnoules avec l'assentiment de véritables ripoux utilisant l'islam pour obtenir le maximum de mallettes. Citer
 
 
+2 #56 damien 2011-10-02 21:53 La nomination du président du "conseil scientifique" de l'institut-bidon de Lille a été faite de conceet avec les services lybiens en fonction de critères accordant plus d'importance au renseignement qu'à la pédagogie. C'est le sous-courant du PS qui a cautionné ce charlatanisme qui se trouve en porte-à-faux (et en manque de mallettes) depuis la fuite de Kadhafi. Citer
 
 
+1 #55 romain 2011-09-29 17:38 Ce sont ces mallettes qui ont dû rapprocher un inconditionnel du Polisario d'unagent de Driss Basri passé chez les lybiens quand le makhzen a nettoyé les écuries d'Augias… Citer
 
 
+2 #54 gilles ali 2011-09-28 18:38 F. Hollande vient de jurer qu'au PS, il n'y a jamais eu d'histoire de mallettes. IL ne doit pas être au courant des valises de dollars remises par la Dawa lybienne, sur ordre des services secrets de Kadhafi au "président-recteur" de l'institut bidon de Lille, qui est soupçonné de partager avec sa protectrice. Citer
 
 
+2 #53 jean-françois 2011-09-28 18:34 Parmi les franco-algériens qui cautionnent la françalgérie, il y a Ghaleb, qui n'est pas un naïf. Que fait-il encore dans cette galère? Depuis des années, il cherche à se rapprocher des politiques au nom du religieux, et des promesses réitérées de combattre "l'intégrisme", sans jamais avoir dénoncé aucune dictature. Il veut montrer à l'avocaillon de l'émission islamique qui lui donne des ordres, qu'il a lui aussi des relations. Mais servir de béni-oui-oui à des dinosaures comme Chevènement et l'ex-conseiller aux Cultes de Joxe n'impressionne pas beaucoup l'avocaillon qui se prévaut de bonnes relations dans la Sarkozye. Citer
 

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