Quand la démocrature crache en l’air
Écrit par Ilyess   
Dimanche, 23 Mai 2010 14:19

La démocratie, le gouvernement par le peuple, dont on nous rebat les oreilles aujourd’hui, est apparue en Grèce Antique plusieurs siècles avant Jésus-Christ. Si elle a indéniablement constitué un progrès par rapport aux moeurs barbares et à l’absolutisme, elle n’est certainement pas la panacée qu’on voudrait nous faire ingurgiter de force. Ses sectateurs en usent notamment pour endormir le bon peuple, pour conspirer gentiment, pour éliminer toute opposition et pour tourmenter les minorités.

Comme disait le Professeur Muhammad Hamidullah (1), l’humanité se subdivise grosso modo en trois catégories: deux minorités de gens foncièrement bons ou fondamentalement mauvais et une immense majorité d’individus influencés par les modes et les vicissitudes du milieu ambiant. Le nombre d’ignorants et d’inconscients étant infiniment plus élevé que celui des savants et des gens clairvoyants, (2) il est évident qu’une application bête et méchante de la démocratie ne peut que livrer le patrimoine mondial à l’égoïsme et à la barbarie. Pour limiter les risques, des remparts ont d’ailleurs rapidement été érigés et on a suscité la démocratie représentative pour réfréner les ardeurs des masses populaires. Celles-ci se cantonnent donc désormais à élire des porte-paroles qui gèrent et légifèrent à leur place, et évitent soigneusement de les consulter sur les affaires qui les concernent parfois au plus haut point et surtout sur les questions délicates (3) réputées trop graves pour être soumises à un suffrage universel hasardeux. Ces oligarchies se révèlent n’être en définitive que des dictatures déguisées qui ne concède à la « populace » qu’un seul et unique droit, celui de choisir librement ses dictateurs.

Par les constitutions et autres législations sur mesure, les démocrates se sont arrogés les pouvoirs les plus étendus, allant jusqu’à s'accorder l’immunité et l’absolution pour leurs frasques. Ils n’hésitent d’ailleurs pas à se servir de leurs prérogatives pour contrarier, contraindre et trahir ceux-là même qui leur ont donné mandat (4). Les dérives sont monnaie courante et les vocations désintéressées plus qu’exceptionnelles. Et que dire des institutions et autres artifices démocratiques dont ces escrocrates se sont dotés et qui ne sont que des faires valoir derrière lesquels ils se réfugient pieusement en fustigeant sans vergogne tous ceux qui s’aviseraient de les désavouer. Ils ne se privent pas de procéder aux réformes constitutionnelles, aux découpages électoraux ad hoc, aux contournements perfides des référendums (5) et des avis du Conseil d'Etat (6) qui n’ont pas leur faveur. Et quand les urnes et l’assentiment populaire leur font défaut, c’est sans scrupules qu’ils renient leur religion et en appellent au coup d’état (7) en invoquant des « pas de démocratie pour les ennemis de la démocratie » aussi loufoques que le serait un « pas de paix pour les ennemis de la paix » dans la bouche d’un pacifiste.

La dictature, dure ou douce, est le type de gouvernement le plus répandu dans le monde et on ne peut que déplorer les injustices et les restrictions qui peuvent en découler. Etonnamment, dans ces pays qualifiés de fascistes, il y a généralement plus respect des différences communautaires et des libertés religieuses des minorités que dans les pseudos démocraties. Cherchez l’horreur !

Daniel Youssof Leclercq

1- Eminent historien, chercheur et savant musulman (1909-2002), originaire du Hyderâbâd (Sultanat annexé par l’Inde en 1947). Dignitaire en exil, il résida cinquante ans en France en conservant volontairement un statut de réfugié. Il demeurera pour l’éternité l’auteur d’une considérable littérature islamique polyglotte, originale et influente, dont il fut le plus ardent praticien.
2- « Et si tu obéis à la plupart de ceux qui sont sur terre, ils t'égareront du sentier de Dieu : ils ne suivent que la conjecture, et ne font que supputer. » (Coran 6 :116).
3- Comme la peine de mort, les amnisties politiques, l’avortement, l’euthanasie, la participation aux conflits guerriers.
4- « Les promesses électorales n’engagent que ceux qui les écoutent » et « la démocratie s’arrête là où commence l’intérêt de l’Etat » selon Charles Pasqua, Député puis Sénateur des Hauts de Seine, ancien Ministre de l’Intérieur.
5- Le Peuple français ayant rejetée par référendum en 2005 le projet de Constitution Européenne qui lui était proposé, ce dernier a pourtant été adopté sous une autre forme mais quasiment en l’état en 2008 (dixit Valéry Giscard d’Estaing), l’Assemblée Nationale, le Sénat et le Parlement réuni en Congrès à Versailles ayant ratifié en catimini le traité de Lisbonne.
6- Quand, en juin 2009, le Conseil d’Etat a confirmé la validité d'un décret refusant l'acquisition de la nationalité française à une Marocaine musulmane à cause d’une « pratique radicale de la religion», on a trouvé la décision excellente mais quand, en mai 2010, il a déclaré qu’une loi d'interdiction totale du voile intégral n'aurait «aucun fondement juridique incontestable» on a trouvé son avis « contestable » et on lui a tiré dessus à boulets rouges.
7- Comme ce fut le cas en Algérie en décembre 1991 quand les « démoncrates » incitèrent l’armée à interrompre le processus électoral alors que le Front Islamique du Salut avait emporté haut la main les élections législatives (82% au premier tour).

 

 

Commentaires  

 
0 #5 helene hazera 2010-05-26 12:33 Dans les dictatures les minorités sont mieux traités?
Vous avez entendu parler du sort des musulmans -notamment Ouighours- lors de la révolution culturelle? Quand les gardes-rouges transformaient les gardes-rouges en porcherie? Savez vous que les gardes rouges de Canton sont allés saccager son magnifique cimetierre arabo-musulman (avec des tombes trés anciennes)
s'arretant juste au mausolée de Wakka -l'oncle du prophète- qui est enterré là?
S'il y avait un minimum de démocratie en Chine Populaire les Ouighours -et les autres minorités musulmanes ne seraient pas aussi maltraités, ni les Tibétains.
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+6 #4 Mohamed Salem 2010-05-25 15:10 As-salâmou alaykoum

La démocratie n'est qu'une supercherie érigée en véritable dogme. Elle est la dictature d'une minorité, théoriquement populaire en droit, mais oligarchique en fait.
Quand un W. Churchill qualifie la démocratie, affirmant qu'"elle a beaucoup d'imperfection, mais [qu'] il n'existe pas de meilleur système qu'elle", on pourrait comprendre une telle position venant de quelqu'un qui ignore ou feint d'ignorer l'islam. Mais quand des hommes connaissant l'islam et son mode de vie de justice et de bien-être continuent à faire l'éloge de l'infecte démocratie, on est en droit de s'interroger sur leur honnêteté.
L'hostilité, la haine et la subjectivité avec lesquelles les tenants de la démocratie combattent aujourd'hui l'islam est la preuve, s'il en est besoin, que seule cette doctrine menace leurs intérêts égocentriques et leur funeste dessein pour le monde.
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+5 #3 La voix des Rroms 2010-05-25 13:40 Bravo pour cet excellent article, une très fine analyse d'une situation qui est là, mais que pas grand monde voit! Citer
 
 
+3 #2 fantilo 2010-05-25 11:59 Plus personne, il me semble, ne se fait le chantre de la démocratie, à part Georges Bush et ses potes qui ont instrumentalisé le concept à d'autres fins, comme certains instrumentalise nt l'islam à des fins politiques…
Mais je n'aime pas bien le discours "tous pourris", et j'aimerais lire quelque chose qui propose des alternatives en termes d'organisation politique.

Quelques citations sur la démocratie, elles en limitent la portée :

« La démocratie, ce n'est pas la loi de la majorité, mais la protection de la minorité. »
Albert Camus

« Les citoyens possèdent des droits individuels indépendants de toute autorité sociale ou politique, et toute autorité qui viole ces droits devient illégitime. Les droits des citoyens sont la liberté individuelle, la liberté religieuse, la liberté d'opinion, dans laquelle est comprise sa publicité, la jouissance de la propriété, la garantie contre tout arbitraire. […] Le gouvernement populaire n'est qu'une tyrannie convulsive, le gouvernement autocratique qu'un despotisme concentré. La souveraineté du peuple n'est donc pas illimitée ; elle est circonscrite dans les bornes que lui tracent la justice et les droits des individus. La volonté de tout un peuple ne peut rendre juste ce qui est injuste. »
Benjamin Constant (Principes de politique)

Et celle ci, plus radicale :

« Les sources psychologiques de la démocratie sont celles d’êtres humains encore incapables d’imaginer une société sans pouvoir. Le citoyen démocratique n’a pas dépassé la mentalité d’esclave et il n’a chassé son maître royal que pour faire du peuple un maître collectif. Pour nous, libertariens, au contraire, le refus de tout pouvoir est la voie vers l’émancipation. La seule maîtrise que nous désirons est la maîtrise de soi. C’est pourquoi la société démocratique est celle d’esclaves qui cachent leur besoin de maître, la société libertarienne est celle de maîtres qui ne veulent pas d’esclaves. »
Christian Michel
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0 #1 christian 06 2010-05-25 09:02 Ce genre d'article outrancier ne plaide pas en faveur de la compatibilité de l'Islam et de la Démocratie !L'eau du bain n'est pas bien claire, mais ce n'est pas une raison pour jeter le bébé avec…La Démocratie est bien le moins pire des régimes et il faudrait, au contraire, l'étendre au maximum (démocratie réellement participative), notamment en créant une citoyenneté de résidence donnant le droit de vote aux élections locales à toutes les personnes concernées. Citer
 

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