Lettre ouverte au directeur de Jeune Afrique
Écrit par Ilyess   
Lundi, 14 Février 2011 16:00

Objet : journalisme d’attaché de presse et faux « Islam de France ».
Monsieur le directeur,
A la fin des années 90, l’ambassade d’Algérie à Paris recommande à la mosquée de Paris son ancien avocat. La prestigieuse et paralysée institution n’accepte d’en faire son conseil qu’à la suite de plusieurs interventions où des plaidoyers faisant flèche de tout bois et utilisant même l’antisémitisme ont persuadé le recteur de rompre avec Me Théo Klein qui défendait jusque-là les intérêts de la Société des Habous. Me T. Klein mérite un hommage particulier parce qu’il a montré qu’il est un véritable homme de dialogue avec l’Islam. Il a eu également le courage de se démarquer des discours de propagande à finalité électorale quand il a refusé de diaboliser les jeunes de banlieue en faisant remarquer que la République n’avait pas fait le nécessaire pour les intégrer. Alors que des musulmans de service n’hésitèrent pas à participer aux vaines tentatives d’islamisation de la révolte des banlieues.

La mosquée fut choisie comme point de chute pour l’ancien conseiller de l’ambassade après l’échec de la tentative d’en faire l’avocat forfaitaire de la quasi-totalité des consulats d’Algérie en France.

On a compris les raisons pour lesquelles l’ambassade s’est débarrassée de ce protégé d’un clan plus ou moins influent quand l’intéressé trouva le moyen de perdre tous les procès intentés aux Prud’hommes par des petits employés licenciés abusivement. Ces procès perdus coûtèrent l’équivalent de 250.000 euros que la mosquée de Paris a financé en grande partie en obligeant les petites salles de prière où officiaient des imams dépêchés d’Alger à lui venir en aide. Alors que  ces petits lieux de culte s’attendaient à être aidés par la grande mosquée…

En fait ce plan de licenciement servait à faire travailler à la mosquée des proches de la poignée de collaborateurs soutenus par l’ambassade et auxquels le recteur devait désormais obéir.

Tout récemment, ce singulier avocat a encore perdu un procès intenté par un petit employé du Centre culturel algérien de Paris licencié aussi abusivement. Il a été également mêlé au procès intenté après la vaine tentative d’attribuer les commerces de la mosquée à un de ses proches parents.

L’arrivée de cet homme mystérieux intriguait encore plus les mieux informés parmi les « paroissiens » de la mosquée quand la presse algérienne le citait dans des activités fort éloignées et de la religion et du barreau. Il accompagnait notamment Yves Bonnet lors de ses nombreux déplacements à Alger. On saura plus tard que cet ancien directeur de la DST devenu député UDF de la Manche avait fait financer sa campagne électorale par l’Algérie, où il a noué des relations avec les oligarchies de l’import-export.

Puis l’ambassade a fait de cet homme apparemment polyvalent un membre influent de l’hermétique Société des Habous. Malgré le zèle manifesté pour tenter de s’opposer à l’Istichara lancée par J. P. Chevènement pour l’organisation de l’Islam en France, on le retrouve parmi les représentants de la mosquée de Paris dans les interminables réunions du ministère de l’Intérieur qui aboutirent à la laborieuse création du CFCM. Il fait partie de plusieurs dizaines de musulmans à qui le ministre de l’Intérieur d’alors donnait du « cher ami ». Mais il est le seul parmi ces nombreux visiteurs du ministère de l’Intérieur à se glorifier d’être « l’ami » du président. Sans doute a-t-il été abusé par la vaine tentative ministérielle de le faire nommer recteur de la mosquée de Paris à la place de Dalil Boubakeur qui fut invité à s’occuper à plein temps du CFCM dont il était devenu le président, par cooptation, malgré l’effondrement des listes de la mosquée aux élections de 2003. Pour le consoler de cette déconvenue, le ministère de l’Intérieur a grandement facilité sa nomination à l’émission islamique, malgré sa méconnaissance des questions des médias et les limites de sa culture théologique, qui n’est guère plus étendue que celle de Boubakeur. Cette nomination avait été précédée par toute sorte de « chaouchages » destinés à convaincre Baba-Miské à quitter l’émission pour en prendre le contrôle total. L’avocat a été jusqu’à suggérer au ministère de l’Intérieur de faire nommer Baba-Miské au Conseil économique et social !

A cette période, sa rivalité avec D. Boubakeur n’était plus dissimulable. Le recteur se méfiait de plus en plus de ce protégé qui veut lui ravir sa place. Les tensions étaient telles que les deux rivaux  échangèrent des injures, en arabe dialectal et à haute voix, devant les délégués du CFCM réunis au ministère de l’Intérieur, en présence de Dominique de Villepin et de son proche collaborateur Bruno Le Maire. Villepin voulait mettre fin aux activités du CFCM. Un de ses conseillers avouait : « Nous avons hérité ce conseil de nos prédécesseurs ; ses membres ne savent même pas se mettre d’accord sur un ordre du jour, ni le respecter jusqu’à la fin de la réunion ». Le nouveau ministre de l’Intérieur n’a accepté de continuer à recevoir ces « grands caïds » qu’après leur avoir imposé la création de la « Fondation des Œuvres de l’Islam », qui était une réplique à la proposition de financement public des mosquées, supposant l’abrogation de la loi de 1905.

L’avocat s’est mis à intriguer pour prendre la tête de la Fondation. Il promit au non moins intrigant Béchari le poste de vice-président pour le dissuader de mettre l’émission islamique sous le contrôle de la commission du CFCM chargée de l’audiovisuel. Mais Boubakeur a résisté à ces tentatives de putsch, toutes bénies par un protecteur de l’avocat à l’ambassade. N’ayant pas réussi à prendre le contrôle de la Fondation, l’avocat (que les « paroissiens » appellent l’avocaillon) s’est mis à la saboter en créant un « Fond social musulman » indépendant du CFCM et de la mosquée de Paris.

Dans sa rivalité chronique avec D. Boubakeur, l’avocaillon a essayé de faire des percées médiatiques, malgré la sourde mise en garde des journaux et télévisions par le chargé de la communication de la mosquée qui est payé pour faire la promotion du seul recteur. C’est ainsi qu’il a profité de l’émoi provoqué par la révolte des banlieues de 2005 pour se faire inviter par la Cinquième, en même temps qu’un représentant de la mosquée de Paris. Il a fait semblant de voler au secours du recteur en niant que sa voiture a été accueillie à coups de cailloux quand il a accepté d’être le télégraphiste du gouvernement auprès de la mosquée de Clichy/Bois, où la police avait lancé une grenade lacrymogène. Cette grossière désinformation lui valut d’être boudé par les médias que le préposé à la communication de la mosquée de Paris continuait à mettre en garde.

L’avocaillon s’est alors tourné vers les dîners-débats où il négociait à l’avance un temps de parole. Mais il est entré rapidement en conflit avec les organisateurs de ces rencontres (comme celles de l’Espace Franco-Algérien qui attirent beaucoup de monde) qui le soupçonnent de rechercher des tribunes pour sa promotion personnelle.

Puis il connut une période d’éclipse, jusqu’à ce que les Internautes apprennent sa violente altercation avec un membre africain du CFCM, la veille de l’Iftar avec le ministre de l’Intérieur, à la fin du Ramadan 2009. Alors que ce membre africain du CFCM demandait que son imam soit placé à côté du ministre, l’avocaillon l’a poussé en le traitant de « sale race » ! Après cet Iftar, l’avocaillon s’est dépensé à convaincre que le ministre (qui n’a exprimé que ses « regrets ») n’est pas raciste, en faisant croire qu’il s’est excusé. La justice a malheureusement émis un avis sensiblement différent de celui du CFCM qui fut transformé à cette occasion en une instance cléricale habilitée, contrairement à la tradition musulmane, à absoudre les péchés.

Plus récemment, l’avocaillon s’est arrangé pour se faire auditionner par la mission Gérin sur la burqa. Les téléspectateurs furent consternés de l’entendre promettre une « collaboration totale » aux députés partisans de l’interdiction. Il a montré que son laïcisme le rapprochait plus de la laïcité coloniale qui transformait le clergé officiel en courroie de transmission du pouvoir en place, que de la laïcité républicaine qui sépare nettement le politique et le religieux.

Toutes ces informations furent mises à la disposition de la pigiste qui vient de publier dans Jeune Afrique (numéro 2612 du 30 janvier au 5 février 2011) un article dithyrambique sur cet individu qui cherche à sortir de l’ombre pour soigner son image. Elle a décidé de mettre sur le compte de la « rumeur » toutes ces informations avérées. Ceux qui ont eu la patience de lui signaler des faits qu’elle aurait pu découvrir toute seule se trouvent qualifiés de « contempteurs ». Mais elle a préféré s’inspirer des singulières pratiques de Jeune Afrique où la communication utilitariste se trouve substituée de longue date à l’information impartiale. Elle a choisi également de reproduire des propos à caractère diplomatique comme ceux de Ghaleb Bencheikh qui, en privé, n’en pense pas moins. En faisant de cet autre orateur (qui gagnerait à laisser à T. Ramadan le monopole des discours multiples) le principal concurrent de l’avocaillon dans la succession de Dalil Boubakeur, elle montre son ignorance d’une situation complexe où, parmi la demi-douzaine de candidats à la succession du recteur, l’avocaillon est celui qui a le moins de chances.

Elle a également privilégié la flagornerie d’un producteur qui a substitué aux contenus religieux de l’émission islamique le folklore et l’exotisme de l’ancienne émission Mosaïques de FR3, complétés par des gages permanents de « modération ». Elle a surtout reproduit sans discernement ce que l’intéressé pense de… lui-même. Par exemple quand il s’est attribué une « mission », elle n’a pas eu la curiosité de lui demander en quoi consiste celle-ci.

Ce producteur, l’avocaillon et d’autres responsables ont fait enregistrer l’émission en Tunisie, alors que les sérieux problèmes qui enveniment la vie de nombreuses mosquées (Epinay, Nanterre, les Ulis, Tours,..) demeurent ignorés des téléspectateurs fatigués d’entendre répéter des lieux communs sur des confréries qui sont pourtant implantées en France depuis la première guerre mondiale.

En faisant la part belle à ces témoignages complaisants, cette rédactrice a pratiqué un journalisme d’attaché de presse inadapté à la demande de démystification émanant d’une bonne partie de l’opinion excédée de voir l’information sur l’Islam en France ressembler à celle pratiquée dans les régimes à parti unique.

Il est regrettable que Jeune Afrique tolère ces pratiques alors que les révolutions arabes viennent de tordre le cou au mythe des « dictatures, rempart contre l’intégrisme ». Ce mythe a pour corollaire la fiction d’un « Islam de France » dirigé par des « grands caïds » cooptés en concertation avec les représentations diplomatiques de ces dictatures. Ces protégés d’ambassades défendent dans leurs pays d’origine des fondamentalismes d’Etat. Mais en France ils n’ont que le mot de « laïcité » à la bouche. Celle-ci implique le respect de la pluralité des opinions et la liberté de pensée et d’expression. Les « grands caïds » ne semblent pas définitivement acquis à ces notions. Les médias qui les aident dans la mise en œuvre de leur plan de communication et refusent que soit dénoncé l’écart entre ce qu’ils disent et ce qu’ils font se rendent complices de cette intronisation de plusieurs Islams officiels hostiles à la liberté de pensée, et qu’on baptise pompeusement « Islam de France ».

Au moment où l’on cherche à « moraliser le capitalisme »(œuvre surhumaine s’il en est), il est permis au commun des croyants (dont les appréciations inspireront les représentants légitimes du véritable Islam de France) de réclamer une moralisation de la vie religieuse musulmane en France elle-même. Car celle-ci se trouve de plus en plus dévoyée par la confusion des genres que facilite la multiplication des usages du religieux à d’autres fins.

Veuillez agréer, Monsieur le directeur, l’expression de mes sentiments les meilleurs.

Paris, le lundi 14 février 2011
Sadek SELLAM. Historien de l'Islam contemporain

 

 

Commentaires  

 
0 #6 jilaliboualem 2011-07-03 01:00 eh! Monsieur l'administrateur tu me censures où quoi, j'ai pas fini mon texte que tu l'éclipse!!! Citer
 
 
+4 #5 said 2011-02-27 22:14 Salem,
A quoi sert une telle tartine sur un type dont le nom n'est jamais cité,comme si tout lemonde le connaissait !!
Hé bien non, tout le monde ne le connait pas, tout lemonde ne s'intéresse pas à la mosquée de paris.
J'ai parcouru en diagonale jusqu'à la fin pour essayer de trouver ce nom, RIEN.Jene sais pas dequi on parle, donc je ne lis pas l'article et n'accorde aucune crédibilité à ce qui est écrit. d'autant plus que Jeune Afrique mentionné dans le titre n'a rien à voir avec le contenu.
S'il veut écrire des articles lisibles donc intéressants, sadek sellam doit prendre des cours de journalisme et apprendre le principe des 5 W.
Choukrane
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+6 #4 axiome 2011-02-26 12:40 Sadek
Tu te défoule et te fais plaisir mais aie pitié de tes lecteurs …si tu peux nous faire un résumé ; merci
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+5 #3 fadelarodriguez 2011-02-26 09:19 SS rédige ces interminables lettres ouvertes pour étaler sur la place publique le linge sale de ses coreligionnaire s, empilé dans les livres qu'il écrit et que personne ne voit l'intérêt d'acheter… Citer
 
 
+4 #2 H 2011-02-25 18:31 Salam
C'est qui cet avocaillon?
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+9 #1 reconquista 2011-02-25 05:58 écrivaillon envieux versus avocaillon ambitieux ? cette lettre ouverte interminable aurait mieux fait de la fermer puisque personne ne la lira jusqu'au bout, même pas le destinataire principal… est-ce un fond de commerce de sale âme (Sellam) ? Citer
 

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