Le crachat et le rêve français…
Écrit par Ilyess   
Samedi, 10 Décembre 2011 13:55

Lettre à monsieur le ministre de l’Intérieur, de l’Outre-Mer, des Collectivités territoriales et de l’Immigration

Monsieur le ministre,

La sous-direction de l’accès à la nationalité française du ministère que vous dirigez vient de signifier à madame S. Boujrada, ma mère, le classement de son dossier et un refus d’attribution de nationalité. «Vous ne répondez pas aux critères», est-il écrit dans un courrier sans âme que l’on croirait tout droit sorti de l’étude d’un huissier ou d’un notaire.

Ma mère est arrivée en France en 1984. Il y a donc vingt-huit ans, monsieur le ministre, vingt-huit ans ! Arrivée de Casablanca, elle maîtrisait parfaitement le français depuis son plus jeune âge, son père ayant fait le choix de scolariser ses enfants dans des établissements français de la capitale économique marocaine.

Elle connaissait la France et son histoire, avait lu Sartre et Molière, fredonnait Piaf et Jacques Brel, situait Verdun, Valmy et les plages de Normandie, et faisait, elle, la différence entre Zadig et Voltaire ! Son attachement à notre pays n’a cessé de croître. Elle criait aux buts de Zidane le 12 juillet 1998, pleurait la mort de l’abbé Pierre.

Tout en elle vibrait la France. Tout en elle sentait la France, sans que jamais la flamme de son pays d’origine ne s’éteigne vraiment. Vous ne trouverez trace d’elle dans aucun commissariat, pas plus que dans un tribunal. La seule administration qui pourra vous parler d’elle est le Trésor public qui vous confirmera qu’elle s’acquitte de ses impôts chaque année. Je sais, nous savons, qu’il n’en est pas de même pour les nombreux fraudeurs et autres exilés fiscaux qui, effrayés à l’idée de participer à la solidarité nationale, ont contribué à installer en 2007 le pouvoir que vous incarnez.

La France de ma mère est une France tolérante, quand la vôtre se construit jour après jour sur le rejet de l’autre. Sa France à elle est celle de ces banlieues, dont je suis issu et que votre héros sans allure ni carrure, promettait de passer au Kärcher, puis de redresser grâce à un plan Marshall qui n’aura vu le jour que dans vos intentions. Sa France à elle est celle de l’article 4 de la Constitution du 24 juin 1793 qui précise que «tout homme - j’y ajoute toute femme - né(e) et domicilié(e) en France, âgé(e) de 21 ans accomplis,tout(e) étranger(e) âgé(e) de 21 ans accomplis, qui, domicilié(e) en France depuis une année, y vit de son travail, ou acquiert une propriété, ou épouse un(e) Français(e), ou adopte un enfant, ou nourrit un vieillard, tout(e) étranger(e) enfin, qui sera jugé(e) par le corps législatif avoir bien mérité de l’humanité, est admis(e) à l’exercice des droits de citoyen français». La vôtre est celle de ces étudiants étrangers et de ces femmes et hommes que l’on balance dans des avions à destination de pays parfois en guerre.

Vous comprendrez, monsieur le ministre, que nous ayons du mal à accepter cette décision. Sa brutalité est insupportable. Sa légitimité évidemment contestable. Son fondement, de fait, introuvable. Elle n’est pas seulement un crachat envoyé à la figure de ma mère. Elle est une insulte pour des millions d’individus qui, guidés par un sentiment que vous ne pouvez comprendre, ont traversé mers et océans, parfois au péril de leur vie, pour rejoindre notre pays. Ce sentiment se nomme le rêve français. Vous l’avez transformé en cauchemar.

Malgré tout, monsieur le ministre, nous ne formulerons aucun recours contre la décision de votre administration. Nous vous laissons la responsabilité de l’assumer. Nous vous laissons à vos critères, à votre haine et au déshonneur dans lequel vous plongez toute une nation depuis cinq ans. Nous vous laissons face à votre conscience.

Quand le souffle de la gifle électorale qui se prépare aura balayé vos certitudes, votre arrogance et le système que vous dirigez, ma mère déposera un nouveau dossier.

Je ne vous salue pas, monsieur le ministre.

Par Amine EL KHATMI 23 ans, étudiant en droit (master 2), Français

Source : Libération

 

 

Commentaires  

 
0 #14 Barka Adel 2011-12-28 10:04 Baraka allah Fik Mr EL KHATMI Amine avec un Grand E et un grand respect, Bravo Citer
 
 
+1 #13 driss 2011-12-19 22:19 quelle article motive le refus? Citer
 
 
+1 #12 kadem 2011-12-18 09:43 Salem allaykoum
Brovo,c'est mettre les point sur les i.
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+2 #11 CHARKAOUI 2011-12-16 13:36 BRAVO MR EL KHATMI, pour cette lettre. Je suis né en FRANCE de parents étrangers, et je commence en avoir ras le bol de cette discrimination. Il faut que l'on s'organise pour que les jeunes issus de l'immigration défende leur dignité. Nous sommmes fiers de notre identité et il va falloir que l'on nous écoute. Jusqu'à présent, la majorité silencieuse, s'est tue, mais nous sommes maintenant dans l'obligation de s'organiser, et de faire prendre conscience que nous existons , nous , qui sommes natifs de FRANCE, où , nous avons poursuivi notre scolarité, décroché un travail, et payons nos impôts. Encore, hier, j'ai réagi sur le parisien, et j'ai tenu un discours comme le votre. C'est cri qui vient du coeur.
leparisien.fr/.../...

Je pense qu'il faut que l'on s'organise,
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+1 #10 muslimaub 2011-12-16 01:57 effectivement cest choquant pour votre mere,eu egard a son parcours,son integration ,qu on lui refuse la citoyenneté.
maintenant ,comme d autres l ont mieux dit ici,la nationalité française n est pas la panacèe,deja pour ceux comme nous nés ici,puis sans apprecier la litterature française et respecter le pays sans lui preter allegeance..
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+1 #9 Colette Friedlander 2011-12-15 21:42 Monsieur,
Votre lettre m'a profondément touchée, car j'ai cru ré-entendre ce que me disaient mes parents, qui ont débarqué dans l'Hexagone en 1926 et en 1930 en provenance d'Europe centrale: le cousin arrivé de Vilnius en France au début du siècle à l'âge de quelques mois, titi parisien jusqu'au bout des ongles, à qui l'on a refusé sa naturalisation alors qu'il était sous les drapeaux en 1940. Il y aura toujours des gens pour qui nous ne serons jamais assez français parce qu'eux ne le sont pas vraiment, fussent-ils de purs descendants de Gaulois (peuple celtique originaire des steppes d'Europe centrale, soit dit en passant) car ils n'ont rien compris à ce qui fait la grandeur de notre pays : l'esprit de la Constitution de l'an II que j'ai eu la joie de retrouver sous votre plume. C'est grâce à cette France-là que j'ai l'honneur — car c'est un honneur — d'être votre compatriote.
Vous avez raison : il est des gens avec qui il est inutile de discuter. Tenons bon tous ensemble en attendant et en préparant le mois de mai…
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+1 #8 Thridace 2011-12-15 19:54 Quel bonheur de vous lire !

Bucarruman a tout à fait raison.
Le rêve français n'est plus qu'un mythe!
Nous allons bientôt pouvoir retourner vivre dans le pays de nos parents.
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+1 #7 jérome bolocci 2011-12-15 16:04 je n'ai qu'une chose à dire, cette personne est admirable et si seulement nous avions dans notre france que l'on chéri, malheureusement , de moins en moins, à cause du dégout de ces politiques, des personnes qui mettent en évidence l'incapacité et le mépris des citoyens au détriment de leur intérêt. nous pourrions alors, un jour, dire que notre france nous l'aimons. j'ai la certitude que cela va changer. alors aller voter, voter utile !!!!! Citer
 
 
+1 #6 mohamed95210 2011-12-15 15:18 assalamoualayco m
ca fait mal au coeur de voire des mouslims se rabesser a se point pour devenir francais et se faire rejetter de cette force, c'est humiliant.
allah dit" cherchent ils au pres d eux l honneur alors que l honneur toute entier revienne a Allah."
mes freres et soeur ferons notre mieu d accerir le maximum de savoir et rentre chez nous et contruisant nos pays ou on peu vivre notre religion la tete haute entourer des notres.
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+3 #5 Casba 2011-12-15 12:00 qu'est ce qu'on ferait pas pour la nationalité française !!! malgré tout "l'amour" pour cette France, vous voilà rejeté ! Citer
 

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