Et si on proposait une loi ?
Écrit par Stéphanie   
Mercredi, 16 Mai 2012 00:02

On n’a jamais autant constaté et déploré d’incivilités et d’intolérance qu’au cours des dernières décennies et pas seulement entre les différentes communautés recensées dans le pays mais également à l’intérieur des dites communautés. Des féministes insatisfaites (de la législation actuelle) ont décidé de faire parvenir au nouveau gouvernement de la France une proposition de loi contre le harcèlement sexuel (1).

Alors, le plus sérieusement du monde, pourquoi les Musulmans ne prendraient-ils pas aussi l’initiative citoyenne d’en proposer une contre le harcèlement verbal ? Toutefois, entendons-nous bien, il n’est nullement question ici d’inciter le législateur à aider une communauté particulière à régler des comptes avec ses détracteurs (surtout identitaires) ou à la protéger au détriment des autres mais de défendre tout le monde sans exception des « rabâchages » médiatiques et satiriques malintentionnés.

Bien que certains aient du mal à l’admettre et à l’accepter, malgré la laïcité institutionnelle, la France est dans un total déni de ses cultures hétéroclites alors qu’elle apparaît clairement au monde entier comme un pays aux trois quarts communautarisé. Aucune loi, favorisant l’intégration ou le patriotisme, n’a pu jusqu’à présent et ne pourra sans doute jamais empêcher complètement ceux qui habitent l’Hexagone de manger (asiatique, indien, cachère ou halal), de se vêtir (peu ou prou) ou tout bonnement de vivre à leur façon, fut-ce envers et contre tous. Compte tenu de cet état de fait et pour rétablir une paix sociale largement entamée par une liberté d’expression galvaudée, il est malgré tout impérieux d’endiguer, autant à l’oral qu’à l’écrit, les agressions verbales à répétition devenues monnaie courante à travers le pays et d’encourager tout un chacun à adhérer à un pacte de non-agression (2).

À défaut de déférence, quelle que soit notre opinion et notre sensibilité, on doit avoir un minimum de considération pour son prochain, qu’il soit compatriote ou citoyen étranger, qu’il s’incarne en ses voisins, ses collègues de travail, ses propres parents ou ses coreligionnaires mais également pour ceux qui détiennent l’autorité. À ceux qui estiment que d’aucuns abusent de leurs pouvoirs et outrepassent leurs droits, rappelons que les élections et les tribunaux ont pour vocation de remettre les intéressés à leur place et qu’on ne peut en aucun cas se prévaloir de certaines inconduites pour leur sacrifier le respect et les convenances (3). Car, contrairement à l’adage qui dit qu’on peut rire de tout, l’usage a institué qu’il y ait des limites à la plaisanterie et à la dérision : Huer un hymne national, profaner le drapeau de quelque pays que ce soit ou son Code Pénal en pissant dessus, en se torchant avec ou en le brûlant (et idem pour la Bible, le Coran ou n’importe quel symbole religieux ?) et caricaturer outrageusement les personnalités historiques ou contemporaines sont autant de provocations gratuites qui comblent peut-être ceux qui les perpètrent mais horripilent au plus haut point ceux qui se sentent concernés.

Les humoristes, polémistes, chansonniers et autres guignols entreraient évidemment aussi dans le domaine d’application d’une « invraisemblable » loi de régulation de la raillerie que nous, Musulmans, pourrions plébisciter au grand dam des libertaires. Il ne faut quand même pas oublier que, sous prétexte d’amuser la galerie, certains saltimbanques dont les qualités artistiques se cantonnent à ridiculiser autrui outre mesure et à se défouler sur ceux qui font l’actualité, prennent un malin plaisir à entacher voire à détruire la réputation de ceux sur lesquels ils jettent leur dévolu. L’amplification des frasques d’un tel, l’exacerbation de la veulerie ou de l’avidité de tel autre, sans compter les attaques au physique, on trouve tout ça marrant tant qu’on n’en est pas victime mais il suffit de s’imaginer une seconde être l’objet d’un tel acharnement pour instantanément relativiser la pertinence de l’ironie.

Evidemment, certains avanceront que c’est de la censure, et contre la liberté d’expression, et liberticide, et patati et patata… Combien de lois sont « comme ils disent » et ont pourtant été votées par les parlements sans que personne y trouve à redire, hormis bien sûr ceux ou celles qui sont directement visés : les contrôles de vitesse et le port de la ceinture pour les automobilistes, la fermeture des maisons closes pour les « sex-boys », la prohibition du foulard à l’école ou du voile intégral dans la rue pour les Musulmanes, l’interdiction des prières de rues, etc. Précisons encore qu’il s’agit plus d’encourager le respect mutuel que de condamner le blasphème, comme il devrait être de règle dans les pays qui souhaitent éviter de heurter en quoi que ce soit les susceptibilités communautaires. Mais bon sang, mais c’est bien sûr, la France se défend d’être un pays communautaire !!!

Daniel-Youssof Leclercq

1. Harcèlement sexuel (20minutes
2. « Or, bien et mal ne sont pas égaux. Riposte par quelque chose qui soit plus joli ; alors celui avec qui tu étais en inimitié deviendra comme s’il était un ami chaleureux ». (Coran 41 :34)
3. « N'injuriez pas ceux-là qu'ils invoquent au lieu de DIEU, car par transgression, ils injurieraient DIEU sans savoir ». (Coran 6 :108)

 

 

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