Avec Copé, c'est l'extrême-droite qui est décomplexée
Écrit par Ilyess   
Lundi, 26 Novembre 2012 01:42

Le nouveau président de l'UMP a remporté « une victoire à la Pyrrhus qui signe un triple échec : le sien en premier lieu, celui de l’UMP ensuite et enfin celui de la droite républicaine », affirme Patrick Karam, conseiller régional (UMP) d'Ile-de-France, ancien responsable de campagne de Nicolas Sarkozy pour la diversité.

La droite républicaine se réveille avec la gueule de bois. L’élection du président de l’UMP, qui devait être un grand moment démocratique et renforcer l’UMP, tourne à la farce et annonce un séisme politique qui fait les affaires de l’extrême-droite et des socialistes.

Il s'agit pour Jean-François Copé d'une victoire à la Pyrrhus qui signe un triple échec : le sien en premier lieu, celui de l’UMP ensuite et enfin celui de la droite républicaine.

Jean-François Copé tout d’abord. Voici donc un chef de guerre auto-proclamé qui malgré trois années à la tête d'un parti, pourtant légitimiste et conservateur, qui a tendance à reconduire ses dirigeants, malgré tous les moyens de l’appareil utilisés pour sa campagne, n’arrive pas à s’imposer nettement et clive même au sein de sa propre famille politique. Sa légitimité incertaine n’empêchera pas la fuite en avant refusée par la moitié des adhérents et par l'immense majorité des sympathisants. Jean-François Copé est coupable d'alimenter les peurs des Français, de diviser au lieu de chercher à rassembler et à rassurer, et d'affaiblir délibérément l'unité nationale pour des raisons bassement politiciennes.

L’UMP ensuite, tant le divorce aujourd’hui est net entre les militants UMP et les sympathisants de la droite qui avaient clairement et massivement marqué leur préférence. Le choix des militants interroge la cohésion de la droite et son existence même sous la forme d'un parti hégémonique unique tant il est vrai que les saillies de Jean-François Copé qui ne peuvent être considérées comme de simples dérapages marquent un tournant dans l'histoire de la droite républicaine.

La stratégie pensée et assumée de dramatisation de la situation du pays et la désignation du bouc émissaire pour se poser en défenseur des « petits blancs » que tout le monde abandonne pour faire le buzz médiatique et se positionner sur la scène nationale comme celui qui dit la vérité aux Français contre les élites parisiennes, sur le modèle de Jean-Marie Le Pen, vont entraîner une hémorragie des sympathisants centristes, modérés, humanistes, ou même gaullistes révulsés par l’utilisation de la provocation comme arme politique.

Les militants d’Europe Ecologie Les Verts qui avaient choisi à l’élection présidentielle Eva Joly au lieu de Nicolas Hulot contre l’opinion de leurs sympathisants l’ont payé dans les urnes par une défaite cinglante. Mais les conséquences ont été limitées puisqu’il s’agissait d’une élection ponctuelle et pas du choix d’une direction qui inscrit dans le temps cette schizophrénie. Pour l’UMP, la descente aux enfers commence.

La droite républicaine enfin car avec Jean-François Copé, ce n'est pas la droite qui est décomplexée mais bien l'extrême-droite. A force de surenchères et de dérapages au moment justement où le FN tente de se normaliser, Copé a banalisé le vote frontiste. En dédiabolisant l'extrême-droite, en donnant une crédibilité à ses thèses et à ses méthodes, on efface les réticences qui jusque-là empêchaient de considérer son émanation comme un parti de gouvernement. A trop courir derrière les extrêmes, la droite s'abîme. Ce positionnement porte en germe l'implosion et l'affaiblissement de l'UMP et la montée en puissance du Front National qui se frotte les mains et compte les points avec gourmandise. Car après tout, plutôt que choisir un parti qui s'est trompé durablement et qui se rallie tardivement à des thèses hier vilipendées, certains électeurs de la droite traditionnelle pourraient bien préférer l'original, le parti qui n'a pas varié sur ces sujets.

Dès lors, le piège tendu à l'époque par François Mitterrand qui avait favorisé l'émergence du parti frontiste pour diviser la droite et se maintenir au pouvoir se referme trente ans plus tard.

Avec Jean-François Copé, l'UMP sortira laminée, débordée sur sa droite par le Front National en embuscade et écrasée par les centres qui deviendront les seuls vrais partis offrant une alternative républicaine crédible au pouvoir en place, sous réserve de trouver un leader incontestable et une unité.

Jean-François Copé est en cela le meilleur allié du gouvernement Hollande qui se réjouit de sa victoire ; une victoire qui pourrait bien lui permettre de se maintenir au pouvoir le plus longtemps possible.

Le dernier grand perdant de cette mascarade est Nicolas Sarkozy. Toute stratégie de reconquête aura à résoudre la difficile équation d'un parti en lambeau et discrédité, qui aura du mal à porter les éventuelles aspirations présidentielles de l'ancien président.

Source : Mediapart

 

 

Commentaires  

 
0 #1 Colette Friedlander 2012-12-02 17:44 Je suis globalement d'accord avec cet article, qui appelle tout de même quelques remarques. En premier lieu, la stratégie de droitisation de Copé a été mise en route depuis longtemps par Nicolas Sarkozy. à qui l'on doit d'ailleurs la notion de "droite décomplexée", et la "droite républicaine" a suivi sans broncher et sans piper mot aussi longtemps que la victoire a été au rendez-vous. Ensuite, François Mitterand n'a pas favorisé le Front National : l'introduction d'une dose de proportionnelle était un engagement du programme commun de la gauche pris longtemps avant l'apparition de ce parti. C'est au contraire la droite soi-disant "républicaine" qui s'est alliée au FN dans différentes élections locales entre 1981 et 1986 pour mettre en échec les candidats de gauche, stratégie à laquelle Simone Weil s'est vigoureusement opposée et qui l'a d'ailleurs poussée à rejeter les avances de Jacques Chirac, désireux de la récupérer au RPR. Enfin François Hollande et les socialistes ne se réjouissent guère de l'implosion de l'UMP. La porte-parole du PS l'a dit clairement, ainsi que d'autres personnalités de gauche : celle-ci a besoin d'une opposition responsable, et aucun démocrate ne peut se réjouir de voir émerger à la droite de l'UMP la formation "frontisée" de Copé. Ceux qui formulent ces accusations contre les socialistes voient sans doute autrui à leur image. Citer
 

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