Asmahane Vs Villepin : On ne veut de la diversité que pour remplir les urnes
Écrit par Stéphanie   
Mercredi, 22 Septembre 2010 02:17

«Asmahane Medjdoub, franco-algérienne à la tête du comité de soutien à Dominique de Villepin» : c’est l’info rapportée par notre confrère El Watan du 25 août. La présentation de celle, selon cet article, «à qui est revenu l’honneur et le prestige de diriger le comité de soutien à la candidature» a aiguisé fortement notre curiosité.

La jeune Franco-Algérienne de 34 ans y explique en effet que son engagement auprès de l’ancien Premier ministre de Chirac «traduit parfaitement sa double appartenance et son souci de servir la France et l’Algérie». C’est bien rare qu’une personne impliquée officiellement dans un dispositif de préparation électorale franco-française s’affiche aussi clairement pour servir, comme elle le dit, «autant son pays d’adoption que son pays d’origine». Un pied-de-nez à tous ceux qui effacent d’un trait leur origine et c’est bien cela qui nous a interpellé et amené à vouloir la rencontrer. Et là, elle nous annonce l’inimaginable et nous donne des informations des plus étranges. Le groupe de parole du comité de soutien pour Dominique de Villepin, validé par République Solidaire, a été purement et simplement supprimé le jour même de la publication de l’article d’El Watan. Ce même jour d’ailleurs, République Solidaire a créé deux groupes de parole, l’un «groupe Maroc» et l’autre groupe «musulmans pour la France». Elle nous explique tout cela dans l’entretien ci-dessous. Et comme tout au long de cet entretien elle a nommément cité Mme Brigitte Girardin, ancienne ministre de l’Outre-Mer et présentement secrétaire générale de République Solidaire de Dominique de Villepin et qu’elle considère celle-ci comme étant à l’origine de la suppression de son groupe de parole, nous avons, par souci d’objectivité, demandé à la secrétaire générale de nous donner sa version des faits, ce qu’elle a bien voulu faire.

Entretien réalisé par Khedidja Baba-Ahmed

Le Soir d’Algérie : Vous nous avez dit au téléphone que le groupe de parole pour le comité de soutien pour la candidature de Dominique de Villepin dont vous assuriez la présidence a été supprimé. Quand ? Par qui ? Et surtout, pour quelles raisons ?
Asmahane Medjdoub : Au lendemain de la parution de l’article d’ El Watan qui parlait du comité de soutien que je présidais, j’ai reçu un coup de fil de la secrétaire générale de République Solidaire, Mme Brigitte Girardin, qui m’a parlé sur un ton que je qualifierai de «voyou», me sommant textuellement «d’arrêter mes conneries». Le même jour, un comité Maroc a été créé et un autre comité appelé «Musulmans pour la France» a aussi été mis en place. C’est quoi être «musulmans pour la France», est-ce que cela veut dire qu’il y a des musulmans qui seraient contre la France ?

Mais lorsque Mme Girardin vous demande «d’arrêter vos conneries», elle parle de quoi, de quelles fautes que vous auriez commises ?
Lorsque je lui demande de baisser le ton et de m’expliquer ce qui m’est reproché, elle m’a évoqué le comité de soutien que j’avais créé et reproché d’avoir utilisé son fichier. Ce que je démens formellement. A la suite de quoi, elle me rétorque : «De toutes les façons, vous n’avez pas le droit d’utiliser le nom de Dominique de Villepin et vous n’avez pas non plus le droit de créer un comité de soutien.» Le nom de Dominique de Villepin serait-il devenu une marque déposée ? Un produit ? De plus, lorsqu’elle me dit que je n’avais pas le droit de créer un comité de soutien, elle déclare cela bien tardivement dans la mesure où, dès le 16 août, M. de Villepin a été rendu destinataire de très nombreux courriers électroniques au nom de ce comité de soutien, courriels dans lesquels d’ailleurs nous y joignons des réflexions et des contributions de membres du comité de soutien. (En appui de ses dires, notre interlocutrice nous remet alors des copies de plusieurs envois par internet, datés des 15, 16 et 25 août, de courriers du comité de soutien adressés effectivement à M. de Villepin).

La suppression de votre groupe de parole a pris quelle forme, on vous l’a signifiée par écrit ?
Précisément, cette suppression n’a pris aucune forme écrite. Lorsque j’ai demandé à Mme Girardin de me signifier ses griefs par écrit, sa réponse a été : «Non, on va régler cela par téléphone. » Naturellement, elle a pris soin de ne laisser aucune trace, sauf qu’immédiatement, le groupe de parole a été fermé.

Quelle a été votre réaction et avez-vous rencontré M. de Villepin pour lui demander pourquoi votre groupe de parole a été supprimé ?
Est-ce à moi à demander à le rencontrer ? Nous sommes un comité de soutien et c’est plutôt lui qui a besoin de nous, de la force de frappe que nous représentons et qui est constituée de près de 500 citoyens. Il faut que je vous dise aussi que le lendemain de l’article d’ El watan, j’ai reçu de nombreux coups de fil de menaces venant d’abord de Mme Girardin, puis de son entourage de République Solidaire, mais évidemment aucun écrit et toujours au téléphone, ainsi ça ne laisse pas de petits cailloux.

Et avant ces faits, il vous arrivait de rencontrer directement de Villepin ?
Au moins 2 à 3 fois par semaine. Il y a eu des échanges directs entre nous et j’ai même eu à parler avec lui de l’Algérie lorsque je me suis aperçu qu’il ne parlait que du Maroc. Pour exemple, je lui ai dit un jour, qu’en tant qu’Algérienne d’origine, je considère que tant que la lumière n’a pas été faite sur le dossier des Algériens jetés dans la Seine, je ne serai pas tranquille.

Et quelle a été sa réponse ?
Oui, mais il faudrait avant cela d’abord se rapprocher de l’Algérie, a été sa réponse.

Pour notre propre compréhension et celle de tous nos lecteurs, pourriez-vous nous retracer brièvement votre parcours, celui qui vous a mené jusqu’à Dominique de Villepin ?
En novembre 2009, suite à l’avalanche de scandales de la Sarkozye, je me suis rapprochée du Club Villepin et me suis investie à temps complet en tant qu’assistante de direction bénévole. Dominique de Villepin me semblait alors le meilleur candidat potentiel à la magistrature suprême, et pour concrétiser mon engagement sur le terrain j’ai rejoint Mme Girardin auprès de qui j’ai eu à assurer la gestion de l’agenda et le courrier de M. de Villepin, la gestion des communiqués de presse et l’organisation d’évènements.

Etiez-vous dans l’organisation de la rencontre du 2 juin de De Villepin avec la banlieue à Mantes-la-Jolie qui avait drainé beaucoup de personnes de la population immigrée ?
Tous les événements qui ont eu lieu depuis la fin 2009, j’y étais pleinement impliquée, qu’il s’agisse du Salon de l’agriculture, de sa rencontre avec la banlieue ou de celle du 19 juin qui a vu le lancement de République Solidaire et qui a drainé, de par le travail de mobilisation intense que j’ai fait auprès des Français de la diversité, une participation importante de cette population à ce meeting et des adhésions tout aussi importantes.

Et le comité de soutien dans tout cela, quand l’avez vous créé et pourquoi avez-vous éprouvé le besoin de le lancer ?
L’initiative est née en août 2010 à la suite de nombreuses doléances venues des adhérents du Club Villepin qui ne s’expliquaient pas la confirmation par de Villepin de la poursuite de son adhésion à l’UMP. Il nous fallait expliquer et apporter une alternative aux nombreux citoyens qui soutiennent l’homme et qui n’étaient pas très convaincus des explications apportées par République Solidaire.

De Villepin confirme la poursuite de son adhésion à l’UMP, mais vous continuez donc à le soutenir, vous qui dites vous être engagée contre les dérives du parti au pouvoir, l’UMP…
Je vous dis encore une fois que j’ai créé ce comité pour soutenir l’homme Villepin pour ce qu’il représentait en terme de rupture. Je ne pouvais qu’adhérer aux idées de l’homme qui a farouchement défendu le refus d’intervention de la France en Irak. Dans son intervention du 19 juin, il avait parlé de l’Algérie et en avait encore parlé dans une émission de Frédéric Tadde (Ce soir ou jamais) au cours de laquelle il a évoqué l’Algérie et ces pays que l’on colonise. Mon engagement, précisément, et la création du comité de soutien se fondent sur cette image de l’homme et pour moi, adhérer à ces idées, les défendre et entraîner avec moi des centaines de personnes issues notamment de la diversité, mais pas seulement, pouvait se poursuivre mais dans un cadre totalement hors clivage politique. La réponse apportée par République Solidaire, suite à la décision de Dominique de Villepin de demeurer au sein de l’UMP, n’ayant malheureusement pas pu conforter tous les citoyens partisans de Dominique de Villepin qui s’interrogeaient sur République Solidaire, nous avons décidé de la création de ce comité de soutien pour faire porter sa candidature et apporter une alternative aux nombreux citoyens qui le soutiennent. Ce comité de soutien a été créé conformément à l’esprit et à la lettre de la Constitution et de son amendement de 1962 sur l’élection du président au suffrage universel. Il s’agit bien de la rencontre entre un homme ou une femme et le peuple, autour d’un projet.

On vient de supprimer votre groupe de parole et on vous dénie maintenant le droit de créer un comité de soutien, comment expliquez-vous ces mesures ? En fait, quelle en est votre lecture ?
A partir du moment où vous n’êtes pas «une suiveuse», et je ne le suis pas, et que vous prenez des initiatives, que vous montrez un peu trop votre tête et que par ailleurs vous travaillez et réussissez à drainer avec vous beaucoup de monde, alors là on vous le reproche, et c’est fini ! Il n’est pas fortuit d’ailleurs, qu’au lendemain de la parution de l’article d’ El Watan dans lequel je proclamais que j’étais à 100 % algérienne et à 100 % française, le groupe de parole a été fermé et le tout en catimini. On nous a d’ailleurs demandé (toujours au téléphone) de ne nous rassembler que 6 mois avant les élections, c’est proprement scandaleux et là, on voit bien que de la diversité on en veut simplement pour remplir les urnes. Cela veut dire que chaque citoyen est un bulletin de vote. On sert encore de chair à canon, on est une monnaie d’échange, on ne fait pas, comme il a été dit, «la politique autrement». Selon moi, on est en train, en 2010, de reproduire tous les modèles auxquels on a eu droit depuis la 5e République.

Et maintenant, qu’allez-vous faire ?
Effacer à jamais cette étiquette de villepeniste parce qu’elle ne correspond plus à ma vision de la politique, aux valeurs qui m’ont été inculquées par ma famille. Par mon engagement, j’ai fait naître beaucoup d’espoir (près de 500 personnes ont rejoint le comité de soutien), je ne peux donc en rester là et les abandonner. Je dirai, très prochainement dans un communiqué et une conférence de presse, ce que nous envisageons, tous les membres du comité de soutien et moi-même, ce que nous envisageons de faire.
K. B.-A.

 

Mme Girardin, secrétaire générale de République Solidaire, donne sa version des faits
Lorsque nous avons pu la joindre au téléphone et lui avons demandé de nous dire pourquoi le groupe de parole animé par Asmahane Medjdoub a été fermé et pourquoi elle s’est élevée contre la création du comité de soutien à Villepin, elle a commencé par nous dire qu’elle aurait souhaité ne pas entrer dans ce type de polémiques totalement stériles. Poussée à nous fournir tout de même sa version des faits, elle nous assure que c’est au lendemain de la publication de l’article d’ El Watan qu’elle-même et tous les membres de République Solidaire ont découvert avec grand étonnement l’existence de ce comité de soutien. C’est une initiative totalement isolée et surréaliste, nous dit-elle. A supposer qu’Asmahan Medjdoub n’ait informé personne de la création de ce comité (voir cependant plus haut, la copie des courriers qui nous ont été montrés et remis et qui consistent en e-mails adressés à D. de Villepin dès le 15 août) pourquoi, lui avons-nous demandé, elle considère que ce comité de soutien n’a rien à voir avec de Villepin ? Mais parce que, nous dit-elle, «d’abord nous ne sommes pas en période électorale et que pour l’instant Dominique de Villepin ne s’est pas prononcé sur sa candidature pour 2012, cette opération n’a donc aucun sens». Et la secrétaire générale d’ajouter : «Au lieu de créer un comité de soutien qui ne peut avoir aucune raison d’être, pourquoi Asmahane n’a pas rejoint République Solidaire ? Or, dit-elle encore, trois mois après qu’Asmahane nous ait quittés pour un travail ailleurs, l’on apprend l’existence de ce comité.» Quant à la suppression du groupe de parole, Mme Girardin nous affirme qu’il n’y a eu aucune fermeture «elle n’avait plus accès au code d’accès à la base de gestion et ça, c’est un peu normal, elle nous quittait pour retrouver un travail ailleurs». Comment se fait-il alors qu’Asmahane affirme que le jour même de la fermeture de son groupe de parole, vous en avez ouvert deux autres dont un groupe «musulmans pour la France» et un autre groupe Maroc ? Absolument pas, s’écrie-telle : «Moi qui ai travaillé à faire que la diversité soit une réalité et qu’elle soit effectivement représentée, je ne peux admettre aucune remarque de ce type. D’abord aucun comité de soutien n’a été créé par nous pour les raisons que je vous ai évoquées et ensuite nous avons créé 17 groupes de travail et de réflexion dont certains sont dirigés, d’une manière tout à fait fortuite d’ailleurs, par autant d’Algériens d’origine que de Marocains d’origine, parce que lorsque quelqu’un nous rejoint, je ne lui demande jamais quelle est son origine.» Pour nous en convaincre, elle nous invite à visiter le site de République Solidaire où tout ce qu’elle annonce, nous dit-elle, est contrôlable. Enfin, pour conclure, Mme Girardin considère que «toute cette opération est pilotée d’on ne sait où et par on ne sait qui et nous traitons cette polémique par l’indifférence ». Cette dernière remarque nous indique que cette affaire est loin d’avoir livré tous ses secrets.

Source : SOIR D'ALGERIE du 20 septembre

 

 

Commentaires  

 
+3 #1 Yousri 2010-09-26 12:05 Quelle est la volonte de ce "nouveau parti", a a part essayer de recuperer, l'electorat "issu de", ou d'obedience non chretienne.
en quoi cette manoeuvre serait elle differente, de celles des autres partis politiques? Qui peut croire encore de nos jours, que nous avons une place "égale", qui nous serait attribuée(ainsi que nos droits, et la reconnaissance de notre condition en tant que francaise), autre que celle qui nous a été préparée depuis de longues années?
C'est toujours le meme role: militez dans la rue pour moi, et j'aurais ptet quelques appartements, et un peu de boulot pour vous(1 boulot, pour plus de 100 vendus qui sont allés voter sic!!!), ou je donnerais une petite piece a votre association.
Mais ne nous voilons pas la face le systeme marche et tres bien meme, et les "prets a se vendre" sont legions…(je parle la des gens des communautés).
Je salue la franchise, et a pertinence de l'analyse de cette femme.
Citer
 

Ajouter un Commentaire


Nous contacter

UAM93 
Union des Associations Musulmanes
de la Seine-Saint-Denis 
Adresse : 23, rue Edgar Degas
93600 Aulnay-sous-Bois 
Tél. : 06 19 89 93 74
Tél. : 06 01 99 34 57
Fax : 09 55 36 29 66
Mail : contact@uam93.com

Article en Rapport


Liens commerciaux

Chroniques