Mes meilleurs aveux de bonne année
Écrit par Ilyess   
Mardi, 11 Janvier 2011 23:21

Chaque début d’année, les opportunistes de France et de Navarre organisent par ci par là des cérémonies de vœux du nouvel an qui ne sont, ni plus ni moins, que des minis festivals d’hypocrisie auxquels quelques faux-culs musulmans se déshonorent en y assistant, alors même que des syndicalistes (1)  couillus (2)  s’en dispensent ouvertement. En ce qui me concerne, la sournoiserie me débecte au plus haut point et j’estime qu’on n’a le droit d’être égocentrique qu’à condition d’être cohérent : soit on manifeste de bons sentiments envers son prochain à longueur d’année et on est fondé à les réitérer régulièrement par de bons souhaits occasionnels, ou alors on assume orgueilleusement ses dérives identitaires et on s’abstient de feindre l’empathie avec ses adversaires idéologiques.

Aux quatre coins de l’Hexagone, les populistes de tous bords profitent de leur prépotence et des tribunes qui leur sont offertes pour dispenser à un auditoire déférent des cours de savoir vivre autrement discutables. C’est particulièrement le cas de Nicolas Sarkozy, notamment lors de ses vœux aux « autorités » religieuses du pays dont il occupe la présidence jusqu’en 2012 (3).  "De cette République juste et protectrice, je dois être le garant, le rempart", "chacun doit pouvoir prier en paix et en sécurité", avec ces aphorismes passe partout c’est l’hôpital qui se fout de la charité. Quand bien même il s’escrime à clamer ostensiblement qu’il faut "garantir des droits à toutes les religions" dans le monde (sous-entendu monde musulman, évidemment), l’actuel Chef de l’Etat n’est certainement pas le mieux placé pour prôner la tolérance ou défendre la liberté de conscience et de pratique religieuse des minorités. Et quand le donneur de leçons en chef fustige un prétendu "plan particulièrement pervers d'épuration religieuse" au Moyen-Orient, on ne peut s’empêcher de penser que lui, personnellement, n’a pas fait qu’appeler de ses vœux à la purification identitaire. Il s’est totalement et définitivement discrédité en initialisant des débats puants destinés à bétonner une « identité nationale » discriminatoire envers les Musulmans. Désormais, devant des dévots domestiqués qui n’ont le choix que de boire "religieusement" ses paroles, le double discours de l’homme des vœux consiste à feindre de déplorer la "méfiance, la peur, l'amalgame" au sein de la population française alors que, perfidement, ses agissements présidentiels contribuent largement à les amplifier.

"La République ne laissera aucune religion lui imposer sa loi" et «chacun doit avoir le droit de ne pas prier» a asséné bravement Nicolas le Grand devant sa basse-cour élyséenne. Un discours à peine orienté et récupérateur qui rappelle étrangement et banalise la polémique déclenchée par la frontiste nationale Marine le Pen contre les Offices de Prière dans la rue, faute de lieu de culte suffisamment spacieux et non par provocation comme de bien (sous) entendu : "un certain nombre de territoires, de plus en plus nombreux, sont soumis à des lois religieuses qui se substituent aux lois de la République. Oui, il y a occupation et il y a occupation illégale". Inutile de préciser que le petit peuple musulman ne donnera par conséquent aucun crédit à cette ultime profession de foi laïco-répressive du Raïs : "La République laïque assure à chaque culte et à chaque fidèle la sécurité sans laquelle il lui est impossible de vivre pleinement sa foi. Une République laïque entretient un dialogue permanent avec les religions pratiquées sur son sol de façon à les entendre et, parfois, pourquoi pas à les écouter."

Pour information, le nouvel an islamique a lieu en Muharram, premier mois de l’année lunaire hégirienne. Le premier de l’an 1432 de l’Hégire (4),  correspondant au 7 décembre 2010, s’est déroulé, comme chaque année, dans l’ignorance et l’indifférence générale de toutes les Autorités (y compris islamiques). Et peu importe, puisque les Musulmans orthodoxes ne célèbrent pas d’autres fêtes que celle qui clôt la fin du Ramadan et celle qui commémore le sacrifice d’Abraham pendant la période du Pèlerinage à La Mecque. Attention, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, contrairement à ce que certains détracteurs malhonnêtes seraient tentés d’insinuer, quand bien même cette tradition serait étrangère à l’Islam, à partir du moment où elle fait partie des bonnes manières,des bons usages et qu’elle contribue à une cohabitation intelligente (5), il sera admis voire recommandé de souhaiter à nos compatriotes non-musulmans, sincèrement et sans exclusive, une bonne année et une bonne santé.

Daniel Youssof Leclercq

1. La CGT a boycotté la cérémonie des vœux présidentiels 2011 aux partenaires sociaux de Nicolas Sarkozy.
2. Désolé pour ce terme un peu cru mais il n’existe pas de synonyme assez fort pour qualifier cette courageuse témérité.
3. Et plus si affinités mais cela semble peu probable compte tenu des dommages collatéraux de son premier mandat.
4. L’Hégire, qui marque le début de l’ère islamique, c’est l’émigration des premiers Musulmans de La Mecque vers Médine.
5. "Sahl-ben-Honaïf et Qaïsben-Sa`d étaient un jour assis à El-Qâdisiyya lorsqu'un convoi funèbre vint à passer près d'eux. Comme ils s'étaient levés, on leur dit : "C'est le convoi d'un homme du pays, c'est-à-dire un protégé (un Juif ou un Chrétien). - Le Prophète, répondirent-ils, se leva un jour devant un convoi funèbre, et, comme on lui faisait remarquer que c'était celui d'un Juif, il répliqua : "N'est-ce donc pas une âme ! "   (Sahih al Boukhary 23/50/1,2)

 

 

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