Un mois après les attentats, le casse-tête de la réorganisation de l'islam en France
Écrit par Ilyess   
Lundi, 02 Mars 2015 22:30

Un mois après les attentats, les responsables religieux, et surtout politiques, se rendent avec empressement au chevet de l'islam de France. Mais aucune solution évidente ne se dessine, que l'on plaide pour une nouvelle instance représentative ou un travail de terrain.

Un constat est partagé: douze ans après sa création pour représenter auprès des autorités quelque 4 à 5 millions de croyants -pas tous pratiquants-, le Conseil français du culte musulman (CFCM) échoue à remplir cette mission.

Lors de sa conférence de presse la semaine dernière, le président François Hollande n'a pas épargné cette instance qui n'a "pas la capacité suffisante de faire prévaloir un certain nombre de règles, de principes, partout sur le territoire".

"J'ai demandé au gouvernement de travailler pour renforcer la représentativité de cette organisation, et surtout de travailler avec lui pour régler des questions bien précises", a ajouté le chef de l'État, citant notamment "la formation des imams".

La question des cadres religieux est sensible, notamment en prison où il s'agit de mieux prévenir le basculement jihadiste, ce que quelque 180 aumôniers pénitentiaires musulmans - un chiffre largement insuffisant aux yeux de nombreux experts - ne peuvent faire seuls.

En outre, nombre des 2.300 mosquées et salles de prières du pays n'ont pas d'imam permanent, laissant prospérer des prédicateurs itinérants voire autoproclamés. Et le corps des imams n'a pas de représentation, sinon une méconnue Association des imams de France cofondée par le recteur de la mosquée de Bordeaux Tareq Oubrou et une Conférence des imams de France présidée par l'imam controversé de Drancy Hassen Chalghoumi, qui ressemble à une coquille vide.

Dans ces conditions, comment mieux organiser la deuxième religion de France? Le président de l'UMP Nicolas Sarkozy, qui était ministre de l'Intérieur quand est né le CFCM et qui l'a voulu, a annoncé ce week-end l'organisation prochaine d'"une journée de travail" de son parti "sur la question islam en France ou islam de France". Selon l'ex-chef de l'État, "la question n'est pas de savoir ce que la République peut faire pour l'islam, mais ce que l'islam peut faire pour devenir l'islam de France".

- Modèle juif -

"Le CFCM, honnêtement, il faut l'oublier", confie pour sa part à l'AFP M'hammed Henniche, secrétaire général de l'Union des associations musulmanes de Seine-Saint-Denis (UAM 93), une de ces organisations de terrain non affiliées qui tendent à se développer dans plusieurs métropoles, comme à Marseille et Nantes.

Selon lui, les fédérations représentées au bureau du CFCM (le RMF de sensibilité marocaine, la Grande mosquée de Paris liée à l'Algérie, le CCMTF turc) ainsi que l'Union des organisations islamiques de France (UOIF, proche des Frères musulmans) ne sont que les "relais de consulats ou d'une idéologie étrangère".

"Ceux qui ont créé ça parlent d'islam de France, alors que nous y voyons un islam en France qui n'est que la courroie de transmission de pouvoirs étrangers", dit M'hammed Henniche.

"Les musulmans ne cherchent pas une instance représentative - ça, c'est le vœu des autorités -, les musulmans souhaiteraient une instance purement religieuse qui puisse rendre des avis et trouver des arguments pour répondre en toute légitimité à la radicalisation de certains jeunes", estime ce responsable, qui dit représenter une trentaine d'associations locales dont 23 mosquées.

Le président de l'UOIF, Amar Lasfar, est lui aussi favorable à l'émergence d'une autorité théologique qui pourrait prendre la forme d'un "conseil des oulémas" édictant des fatwas (avis juridiques) "non importées", dans "le cadre laïque de la loi de 1905". "Peut-être pourrait-on emprunter le modèle de nos amis juifs", a-t-il relevé, en allusion au Consistoire (religieux) et au Crif (politique).

Mais Amar Lasfar s'étonne des propos tenus lundi par le Premier ministre Manuel Valls, qui a souhaité "combattre le discours des Frères musulmans" et "les groupes salafistes dans les quartiers". "Bien sûr, on ne peut pas tendre la main aux terroristes. Mais si le politique refuse de traiter avec les Frères musulmans, les salafistes, les wahhabites, que sais-je, qui aura-t-il comme partenaire? Les non-pratiquants?"

 

 

Commentaires  

 
+1 #2 hamid 2015-03-09 19:47 Les propositions faites par le ministre de l'Intérieur sont d'une précision sans précédent. Elles sont en rupture avec la doctrine de l'immobilisme que révèle Godard dans son livre et qui explique la maigreur des résultats du CFCM: normer le prélèvement de la taxe halal pour l'affecter au culte; alors que celui qui a conseillé une demi-douzaine de ministres explique doctement qu'on ne peut rien faire en France dans ce domaine, sous prétexte que les pays musulmans n'ont pas de contrôle de taxe halal. mais quelques pages plus loin, il recommande la création d'un nouveau Madhhab sous peine de non acceptation des musulmans en France!
Par ailleurs, là où Godard parle de "l'utopie de la fac de théologie musulmane," le ministre propose de prendre à bras-le corps le problème de l'enseignement de l'islam et de la formation d'imams, sans faire des fixations sur "l'islam de France " ou "l'islam en France".
Les membres du CFCM sont irrités par ces propositions parce qu'elles pointent du doigt leur maigre bilan; il s sont surtout indisposés par les propositions d'insertion du CFCM dans une structure plus large où siègeront des intellectuels. Un Hafiz par exemple a peur que soit rappelé sa nomination illégale par Sarkozy qui vient de reprendre ses (mauvaises, car anti-laïques) habitudes d'interventionnis me.
Il y a un seul reproche à adresser au ministre de l'Intérieur: il a oublié de mentionner la nécessité de réformer de fond en comble l'émission islamique qui, en parlant de folklore, a échoué dans la prévention de la radicalisation plus que les imams et les aumôniers que l'on accable depuis le 7. 1. 2015.
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+1 #1 Chrif 2015-03-07 20:03 Voilà encore un bon article qui souligne la problématique de toutes ces instances qui ont échoué dans l'organisation de l'islam en France.
Je rajouterais à ce triste constat l'emission télévisée sur l'islam du dimanche matin sur France 2, sclérosée et déconnectée de la réalité, qui mériterait un renouvellement des deux animateurs actuels imposés depuis des années et qui empêchent l'émergence d'autres talents.
Il est temps que toutes ces personnes, toujours les mêmes depuis de trop nombreuses années, qui gravitent dans toutes ces instances et qui nous ont démontrés leur inutilité voir leur nuisance s'écartent une fois pour toute de cette prétendue représentativit é musulmane.
Surtout le Cfcm un ramassis de personnes incapables et opportunistes, avec à leur tête un homme malade, âgé et dépassé, qui nous ont ridiculisés par leur médiocrité.
Il importe que d'autres volontés prennent le relais et mettent en place dans tous ces lieux gérés par ces "irresponsables" afin que s'installent la transparence, l'alternance des compétences et qu'ils préparent la relève par les nouvelles générations.
Autre point à évoquer c'est l'échec des différents conseillers ou fonctionnaires dans les ministères qui ont eu à s'occuper de cette question d'islam depuis plus de 20 ans dont ce M.Godar qui vient de sortir un livre. Eux aussi mériteraient d'être renouvelés s'ils sont toujours en poste.
Notre communauté, quant à elle, a besoin de voir l'émergence d'hommes nouveaux si on veut changer l'image extrêmement négative de l'islam et des musulmans en France.
C'est urgent InchaAllah.
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