Pascal Popelin (PS) répond à « Jeunes citoyens musulmans »
Écrit par Ilyess   
Vendredi, 15 Juin 2012 13:26

Nous republions une interview de Pascal Popelin parue pour la première fois en 2007 dans un site communautaire qui a malheureusement disparu depuis. L’interview est à lire à la lumière de celle donnée à l'UAM-93 y a une dizaine de jours.  Pascal Popelin, vice-président du Conseil général de la Seine-Saint-Denis et 1er maire adjoint de Livry-Gargan, est candidat aux élections législatives dans la 12e circonscription de Seine-Saint-Denis, où il affronte le sortant UMP Eric Raoult.

JC Musulmans : Que pensez-vous du fait que des jeunes musulmans s’investissent dans la vie politique ? Pensez-vous qu’ils puissent jouer un rôle palpable dans la vie politique ?
Pascal Popelin : Mais pourquoi les jeunes musulmans ne s’investiraient-ils pas autant dans la vie politique que les jeunes catholiques, les jeunes protestants, les jeunes juifs, les jeunes bouddhistes ou les jeunes athées ?
Bien sûr que les jeunes musulmans doivent s’investir dans la vie politique !
Non pas parce qu’ils sont musulmans, mais avant tout parce qu’ils sont citoyens.
Pour que la vie politique retrouve de la force, il faut que ses acteurs ressemblent à la population. Et les musulmans représentent une part importante de la population française, en particulier en Seine-Saint-Denis.
Jouer un rôle palpable dans la vie politique, cela passe d’abord par l’inscription sur les listes électorales, ensuite par le vote. Cela passe aussi par l’engagement dans les organisations politiques, la prise de responsabilités locales, puis départementales ou régionales et nationales. Dans mes fonctions de Premier secrétaire de la fédération socialiste de la Seine-Saint-Denis et de secrétaire national adjoint du PS chargé des élections, j’ai toujours agi pour faire avancer les socialistes dans cette voie. Des progrès incontestables ont été réalisés : dans les esprits de manière claire, dans les faits de façon encore timide. Il faut continuer. C’est un de mes combats.

JC Musulmans : La Seine-Saint-Denis a été le théâtre d’incidents sérieux il y a un peu plus d’un an, dans lesquels les jeunes des quartiers étaient montrés du doigt. Quelles solutions pour éviter que ce genre d’incidents ne se reproduisent ? Suffit-il de ne blâmer que les jeunes ?
Pascal Popelin : Tout a commencé dans la 12e circonscription de la Seine-Saint-Denis, à Livry-Gargan, ville dont je suis l’élu depuis 13 ans, où des jeunes de Clichy-sous-Bois jouaient au foot, puis dans leur commune où deux d’entre eux ont trouvé la mort après une incompréhensible course poursuite avec les forces de l’ordre. D’une situation absurde -des jeunes couraient parce que des policiers leur couraient après et des policiers couraient parce que des jeunes leur couraient devant- est né un drame : la mort de deux enfants. Et puis Clichy-sous-Bois, et puis la Seine-Saint-Denis et puis la France des banlieues toute entière, se sont embrasées.
Je trouve que le terme d’ « incidents » que vous employez dans votre question est faible. Personnellement, je parlerais plutôt de révolte. Quand on vit toute la journée dans un quartier construit sans discernement, mal entretenu parce que la copropriété ou l’office d’HLM est en difficulté et que la commune est pauvre, sans moyen de transport adapté, sans service public et sans perspective d’emploi parce que la discrimination à l’embauche ça existe, il est un moment où le sentiment d’insupportable prend le dessus.
Quand en plus la police de proximité -instaurée à partir de 1998 par la gauche et qui commençait à établir des liens de confiance avec les populations- est supprimée et remplacée épisodiquement par des cars de CRS qui ne connaissent ni les quartiers ni les habitants, quand enfin le ministre de l’Intérieur, n°2 du gouvernement, ne vient dans les quartiers -entouré de garde du corps et de caméras- que pour proposer de les nettoyer « au kärcher » ou traiter les habitants de « racailles », la bobonne de gaz monte en pression. Le drame du 27 octobre 2005 à Clichy-sous-Bois a été l’étincelle qui a tout fait exploser.
Je n’excuse aucune des violences qui ont été commises. Je condamne les destructions et dégradations d’édifices publics ou privés, ainsi que celles de véhicules. Je suis révolté par les attaques contre les pompiers et les policiers, ou par les exactions volontaires ou involontaires contre des personnes qui n’avaient pour seul tort que de passer par là ou d’avoir pris le mauvais bus…
Mais en même temps, je n’exonère pas Nicolas Sarkozy de ses responsabilités : pour ce qu’il a fait, pour ce qu’il n’a pas fait et pour ce qu’il a dit avant ; pour ce qu’il a dit et pour ce qu’il a fait pendant ; pour ce qu’il n’a pas dit et pour ce qu’il n’a pas fait après !
La seule solution pour que tout ceci ne se reproduise plus, c’est de redonner dans un premier temps de l’espoir aux habitants des quartiers en difficulté.
Et comme on ne se nourrit pas que d’espoir, il faut obtenir très vite des premiers résultats, pour démontrer que les choses changent vraiment.
Prenons l’exemple des transports : dans la circonscription où je suis candidat, il est impératif de désenclaver le plateau de Clichy-sous-Bois et Montfermeil. L’espoir, c’est un débranchement du tram-train T4 qui relie actuellement Aulnay-sous-Bois à Bondy. Cela vient d’être inscrit dans le contrat de projet Etat-région. Mais comme le gouvernement de droite a alloué très peu de crédits et que les solutions techniques ne sont pas encore trouvées, la concrétisation de ce projet se situe à moyen terme. Obtenir très vite des résultats, c’est donc explorer parallèlement d’autres pistes : c’est ce que j’ai fait, en encourageant le Conseil général à investir rapidement dans l’amélioration de la desserte des bus à Clichy-sous-Bois, Montfermeil, Coubron et Vaujours. 225 000€ ont été débloqués et dès l’année 2007, de réelles améliorations seront constatées concrètement par les usagers des transports en commun de ces communes.
Tout doit donc être fait pour améliorer le bâti, l’habitat, les transports, les équipements publics, l’environnement, l’implantation des entreprises dans les quartiers en difficultés. En même temps, tous ces angles d’attaque ont déjà été explorés depuis 20 ans par les différents dispositifs des politiques de la ville. Même si les moyens financiers auraient sans doute mérité d’être plus conséquents, ces éléments indispensables ne sont pas suffisants pour régler définitivement le problème. Il faut avancer dans chaque ville vers la mixité sociale. Clichy-sous-Bois doit devenir une ville attractive pour des catégories sociales défavorisées et une partie des habitants de Clichy-sous-Bois doit pouvoir avoir accès à du logement social dans d’autres villes. Pour cela, il faut que toutes les villes participent à l’effort demandé par la loi de solidarité et de renouvellement urbain votée en 2000 par la gauche, en se fixant un objectif minimum de 20% de logements sociaux d’ici à 2020. Nous le faisons dans ma ville de Livry-Gargan où 556 logements sociaux nouveaux ont été livrés depuis 2000, sans que la qualité de la vie, de l’urbanisme ou de l’environnement n’en soit affectée. Je déplore que M. Raoult, maire UMP du Raincy et actuel député de la circonscription, se soit longtemps fait gloire de ne pas respecter cette loi, alors que sa commune compte moins de 5% de logements sociaux. Ce n’est pas en se repliant sur soi-même et en refusant de regarder les problèmes de ses voisins que l’on s’assure un avenir tranquille chez soi.

JC Musulmans : Les sondages ont montré que les jeunes des banlieues voteront plutôt à gauche lors des prochaines élections. Comment les mobiliser pour qu’ils votent d’une manière efficace pour la candidate socialiste ? Comment éviter une dispersion des voix entre plusieurs candidats dits de la gauche au profit de la droite ?
Pascal Popelin : C’est une habitude bien française, lorsque l’on veut obtenir un certain résultat, de créer toutes les conditions pour qu’il soit impossible ensuite d’y parvenir ! Si l’on veut pouvoir voter pour la gauche au second tour, encore faut-il qu’elle y soit présente. Et le meilleur moyen qu’elle y soit présente, c’est de voter pour Ségolène Royal dès le premier tour. Pardon d’être direct, mais le reste n’est que littérature. Je respecte la diversité au sein de la gauche, qui est réelle, mais je pense que l’élection présidentielle n’est pas le meilleur moment pour l’exprimer, sauf à vouloir recommencer 2002, avec pour seul choix la droite et Le Pen au deuxième tour.
Ceci étant dit, il nous appartient à nous socialistes -et en particulier à Ségolène Royal- de donner envie à nos concitoyens de nous faire confiance.
La phase d’écoute de début de campagne, le pacte présidentiel présenté à Villepinte, les engagements pris lors du déplacement de Clichy-sous-Bois du 27 février dernier, me semblent y contribuer de façon très positive. Mais il nous faudra continuer de convaincre sans relâche, pour les deux tours de l’élection présidentielle et pour les deux tours des élections législatives.

JC Musulmans : Le Parti socialiste a été accusé de ne pas porter assez d’attention aux électeurs des banlieues en général et aux électeurs musulmans en particulier. Croyez-vous qu’on accorde assez d’efforts au sein du Parti à mobiliser les électeurs musulmans, surtout les jeunes ?
Pascal Popelin : Au risque de vous choquer, j’ai trop de respect pour les électeurs de confession musulmane, comme pour les électeurs de toutes confessions d’ailleurs, pour considérer qu’il existerait un « vote musulman », sorte de part de marché qu’il appartiendrait aux différents candidats de tenter de conquérir.
Les Français musulmans, jeunes ou moins jeunes, ne sont pas différents des autres : il y en a de gauche, comme il y en a de droite et sans doute malheureusement aussi d’extrême droite. J’ai été choqué d’entendre Christian Estrosi, ministre proche de Nicolas Sarkozy, déclarer que celui-ci était le « candidat naturel des juifs ». Je souris lorsque j’entends mon concurrent Eric Raoult dire qu’il est le « meilleur ami des musulmans de Seine-Saint-Denis ». A force de vouloir être le meilleur ami de tout le monde, on est sans doute le meilleur ami de personne, ou peut-être simplement le meilleur ami de sa propre réélection !
Pour le reste, le Parti socialiste doit sans doute encore progresser dans l’attention qu’il porte à toutes les composantes de la Nation française. Il doit en particulier donner des signes forts à toutes celles et tous ceux qui ne sont pas encore assez en responsabilité dans le champ politique. Mais il doit s’abstenir de singer les expédients employés par la droite pour s’absoudre de son peu d’intérêt pour les plus modestes en général. Je suis pour qu’il y ait plus de préfets de confession musulmane, mais je suis contre la nomination d’un préfet sur le critère de sa religion. Je suis pour des ministres de confession musulmane, mais je suis contre la nomination de ministres sans réel pouvoir, choisis simplement parce qu’ils pourront servir de symbole, d’interface ou de contrepoids aux écarts de langage d’un autre ministre -fût-il d’Etat- qui lui, dispose de pouvoirs exceptionnellement importants.

JC Musulmans : La campagne de François Bayrou fait impression chez beaucoup de musulmans. Qu’en pensez-vous ? Qu’est ce qui empêche un semblable effort de la part du PS vis-à-vis de la banlieue et des musulmans ?
Pascal Popelin : Ah bon ! Vous êtes impressionnés par François Bayrou vous ? J’ai sans doute dû rater un épisode, parce que je n’ai pas remarqué ce que François Bayrou avait fait de spécial en direction de la banlieue et des musulmans. Il est certes passé une dizaine de minutes l’autre soir au dîner annuel de l’Union des associations musulmanes de la Seine-Saint-Denis (UAM-93) à Bagnolet. Mais franchement, je n’ai rien trouvé dans son discours qui pouvait susciter l’enthousiasme que vous évoquez… J’ai été beaucoup plus impressionné par la qualité de l’intervention de mon ami Claude Bartolone, à qui j’avais demandé de prendre la parole au nom du PS en tant que député de la circonscription où nous nous trouvions.
Et puis François Bayrou est sans doute sympathique. Il présente certes un visage plus rassurant que Nicolas Sarkozy. Mais tout au long de sa vie politique, il a été élu avec les voix de la droite, il a été membre de gouvernements de droite, ses amis s’appuient tous sur des majorités de droite au sein des collectivités locales qu’ils dirigent. Même s’il prétend le contraire, il aura donc du mal à me convaincre qu’il n’incarne pas une famille classique de la droite française, héritière d’Alain Poher et de Valéry Giscard d’Estaing. Si respectable que cela soit, moi je suis convaincu que nos banlieues ont besoin d’un gouvernement de gauche. Et ce ne sont pas les exemples des villes dirigées par les amis de François Bayrou en Seine-Saint-Denis (Epinay-sur-Seine, Drancy, Noisy-le-Sec) qui risquent de me faire changer d’avis !

JC Musulmans : Votre propre campagne pour la 12e circonscription de la Seine-Saint-Denis, comment va-t-elle ? Etes-vous satisfait de son déroulement ? Quelle différence pour la circonscription et le département, avec Ségolène Royal à l’Elysée et Pascal Popelin au Palais-Bourbon ?
Pascal Popelin : Je vous dirai comment ça va le 17 juin au soir ! Pour l’instant, je ne me pose pas ce genre de question. Je poursuis mon travail d’élu de terrain, parce que ce que j’ai fait au plan local est une forme de témoignage de ce que je pourrais faire au plan national, s’agissant de ma capacité à défendre des dossiers, à être disponible pour mes concitoyens, à leur rendre compte de mon action. Sur ce plan, il me semble que je me différencie nettement du député UMP sortant. J’ai le sentiment que les personnes que je rencontre ne s’y trompent pas. En tout cas, je ressens un désir assez profond dans la population de changer de député et cela va bien au-delà du traditionnel clivage droite-gauche, croyez-moi. Cet accueil, généralement sympathique, m’encourage à poursuivre ma campagne avec enthousiasme et détermination.
Alors Ségolène à l’Elysée et Pascal à l’Assemblée ? Tout d’abord cela signifiera la mise en oeuvre durant cinq ans d’une politique de gauche dans le pays. Nous ne règlerons pas tous les problèmes, mais nous agirons pour une société plus juste, plus solidaire, moins inégale, dans laquelle chacun doit avoir sa chance de réussir. Quant à notre circonscription, elle disposera enfin d’un député disponible, sérieux, à l’écoute, présent sur le terrain, travaillant avec acharnement pour défendre les projets de nos six villes. Ce ne sera pas un gage de réussite en tout, mais tout de même un réel progrès par rapport à la situation actuelle !

Source (le site n'existe plus) : www.jcmusulman.com

 

 

Commentaires  

 
+4 #1 Enis 2012-06-15 20:41 S'il pense ce qu'il dit et qu'il dit ce qu'il pense, alors, c'est pour le poste de président de la république qu'il devrait se présenter afin de créer un gouvernement à son image.
Cela changera des politiciens de tout bord qui travaillent sur les différences qu'il y a dans la population pour les confronter systématique et nous faire oublier les vraies questions de fonds qui nous concernent tous !!
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