Ma mosquée, ma bataille
Écrit par Stéphanie   
Samedi, 26 Février 2011 02:59

La construction des lieux de prière musulmans en France est un parcours du combattant, qui aboutit parfois à des querelles intestines. Visite à Epinay-sur-Seine, dans la banlieue parisienne, auprès d’une communauté en pleine tourmente.

Un bâtiment moderne, sur un niveau, mélange de béton, d’aluminium et de bois, avec une touche de jaune. Ce pourrait être une salle communale, en face de l’école et des hautes barres de la cité proche de la gare. Pas de minaret, ni de coupole, aucun signe extérieur de religion. Seuls les pictogrammes, apposés de part et d’autre de deux portes, l’une indiquant l’entrée des hommes, l’autre signalant celle des femmes, donnent une discrète indication de l’utilisation qui est faite des lieux.

Bienvenue à la mosquée d’Epinay, dans le département de Seine-Saint-Denis, le 93 (prononcez neuf-trois), à moins d’un quart d’heure de train de Paris.

Sur l’esplanade de la mosquée de la rue de l’Avenir, la tension est palpable ce vendredi 21 janvier, quelques minutes avant le début de la grande prière. Un groupe d’hommes, chargés de la sécurité, s’échangent des informations à voix basse: «Regarde, la police est là.» Il fait froid, le vent est glacé. Les fidèles passent rapidement, se déchaussent et entrent, des jeunes, des pères et des mères de famille portant de jeunes enfants, des anciens, calottes sur la tête. Une majorité d’hommes, en vêtements de ville, survêtements de sport ou en habits traditionnels. Les femmes portent le foulard ou le voile, jamais la burqa. La mosquée se remplit. Plusieurs policiers en civil surveillent les lieux, le commissaire en personne s’est déplacé.

Depuis plusieurs semaines, un conflit à l’issue encore incertaine alourdit l’ambiance de la prière. Le bras de fer oppose deux camps. D’un côté, la mairie, propriétaire des locaux, qui a chargé la Mosquée de Paris de gérer le lieu de prière spinassien et d’y déléguer un nouvel imam. Face à elle, l’Union des associations musulmanes d’Epinay (UAME), qui voudrait se voir confier la mosquée pour y installer son imam «historique», celui qui officie depuis quinze ans dans la ville, dans le vieux local utilisé avant la construction du nouveau bâtiment.

En décembre, le conflit a pris de telles proportions que la mosquée a été fermée durant plusieurs semaines, l’UAME organisant la prière du vendredi sous une tente, près de la mairie, en signe de protestation. «Les musulmans d’Epinay veulent définir eux-mêmes leur islam, nous ne voulons pas que les institutions extérieures décident pour nous», clame Hamza, le jeune secrétaire général de l’association. A ses yeux, l’arrivée d’un nouveau prédicateur est «une ingérence extérieure» inacceptable.

Pour l’heure, la Mosquée de Paris, soutenue par le maire, ne lâche pas prise, même si elle se dit ouverte à des concessions, et accuse l’association, comme son imam, d’être des extrémistes peu représentatifs des musulmans d’Epinay. «Depuis des lustres, partout en France, des maires nous confient la gestion des lieux de culte, car nous disposons d’un personnel formé et reconnu», explique son porte-parole.

Les querelles de la mosquée d’Epinay reflètent la situation dans plusieurs villes et les problèmes de l’islam de France, traversé par différents courants et influences qui peinent à cohabiter. «La situation est compliquée. Des enjeux de pouvoir importants entrent en ligne de compte», confirme Hervé Chevreau, le maire centriste d’Epinay-sur-Seine. Plus largement, les luttes s’inscrivent dans le combat des mosquées «indépendantes», «qui ne veulent plus dépendre d’une obédience quelconque, ni être sous l’influence de tel ou tel pays du Maghreb», ajoute le sociologue Mohammed Telhine, attaché au Centre d’analyse et d’intervention sociologiques (CADIS) de l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) et auteur de L’Islam et les musulmans en France, une histoire de mosquées (L’Harmattan, Paris, juin 2010).

Attablé dans une sandwicherie halal d’Epinay, Hamza le dit avec d’autres mots: «Nous sommes dans une période de construction, nous dessinons la place de l’islam en France pour les prochaines décennies et nous demandons qu’on nous fasse confiance. Nous sommes une génération qui a grandi ici. Nous connaissons nos droits, nous votons, nous sommes éduqués et imprégnés des valeurs de la démocratie et de la République.» Le jeune homme, qui prépare un doctorat en économie, ne supporte plus le «paternalisme» et ne se reconnaît pas dans le qualificatif «d’extrémiste»: «Il faut comprendre que l’islam est très divers, comme un éventail qu’on ouvrirait.» «Ne réduisons pas le débat à une lutte entre modérés et islamistes. Il y a surtout différentes manières de pratiquer la religion», complète M'hammed Henniche, le secrétaire général de l’Union des associations musulmanes de Seine-Saint-Denis (UAM93).

La question de la gestion des mosquées se superpose à un problème plus important encore: les difficultés rencontrées par les musulmans qui veulent construire des mosquées en France. «L’islam est en train de se greffer sur le sol français, il cherche encore sa place et cela se passe dans la douleur et la souffrance. Le regard sur cette religion est toujours chargé de préjugés et de clichés qui remontent aux croisades, analyse Mohammed Telhine. La construction d’une mosquée est un parcours du combattant. Certaines associations ont lutté pendant vingt ans pour obtenir un permis de construire.» Selon les calculs du Conseil français du culte musulman (CFCM), il faudrait en moyenne de cinq à quinze ans entre les premières démarches administratives et l’inauguration du lieu de culte.

Le problème n’est pas nouveau, la méfiance envers les mosquées est aussi ancienne que le projet d’en construire sur le sol français. En 1846, lorsque la Société orientale lançait cette idée pour accueillir les fidèles de passage, elle a rencontré moult oppositions, relate Mohammed Telhine dans son ouvrage. Idem lors de la construction de la Grande Mosquée de Paris dans les années 1920. La presse, catholique notamment, ne fut pas tendre.

Conséquence d’années d’ostracisme, conjuguées à un attrait croissant pour la religion islamique, le manque de lieux de prière est devenu criant: «Aujourd’hui, pour satisfaire la demande des pratiquants, il faudrait doubler la surface cultuelle», explique Mohammed Moussaoui, le président du CFCM, avant de se lancer dans une démonstration statistique. Sur les 5 millions de musulmans vivant en France, 17% pratiqueraient la prière du vendredi, soit 850 000 personnes. Quelque 2000 lieux de culte sont recensés représentant une surface entre 250 000 à 300 000 m2. Sachant qu’il faut environ 1 m2 par personne pour prier, il manquerait entre 550 000 à 600 000 m2.

La demande est différente d’une région à l’autre. Dans la ville de Paris, les besoins sont tels que les prières de rue se sont développées dans quelques arrondissements populaires. Cette pratique a fait le miel de Marine Le Pen qui l’a récemment comparée à une «occupation» inacceptable du territoire. En réalité, quelques tronçons de rues, dans le 18e notamment, près de Barbès, sont fermés à la circulation une heure durant, le vendredi en début d’après-midi, pour permettre aux musulmans de prier, dans un quartier qui ne possède que deux petites mosquées.

En attendant la création, sous l’impulsion de la mairie, d’un lieu de prière suffisamment grand, des centaines de personnes se rassemblent sur la chaussée, agenouillées sur des tapis plastifiés ou des cartons aplatis, dans les rues Myrha, Polonceau et sur la rue des Poissonniers, où des haut-parleurs sont installés pour l’occasion. L’ambiance est bon enfant, ni la pluie ni la neige ne dissuadent les fidèles. «Je peux vous dire que ce n’est pas pour le plaisir qu’ils font cela. Il ne s’agit ni de provocation ni de prosélytisme car il y a un côté indigne à prier ainsi. D’ailleurs nombre de musulmans s’autocensurent et ne se rendent pas à la prière s’ils ne peuvent entrer dans la mosquée», défend Mohammed Moussaoui, du CFCM.

Pour autant, la situation en France s’est nettement améliorée, elle n’a plus rien à voir avec l’islam des caves des années 1980 ou 1990. «C’est toujours à proximité des élections municipales que les projets de mosquées se débloquent», lance ironiquement M'hammed Henniche, qui connaît bien les projets du 93. «Les politiciens sont en train de prendre conscience que les musulmans sont là et qu’ils vont y rester. Les jeunes ne sont pas des immigrés, ils ne portent plus en eux le mythe du retour. Ils sont 100% musulmans et 100% français.»

Environ 150 projets seraient en cours sur l’ensemble de la France, pour la plupart des lieux de culte simples, gérés par une association locale. La mode n’est guère aux mosquées cathédrales avec minaret et coupole, bien que deux grands bâtiments de ce type soient en construction, avec l’appui financier de pays arabes, à Marseille et à Strasbourg. En Seine-Saint-Denis, qui compte environ 200 lieux de culte, l’UAM93 estime qu’une dizaine de projets financés par la communauté musulmane sont en cours, pour des montants variant entre 3 et 7 millions d’euros. Cinq à six ans seront encore nécessaires avant qu’ils voient le jour, car les fidèles ne peuvent les financer simultanément.

Reste un enjeu important pour les musulmans: la question de l’emplacement des mosquées, souvent construites à la périphérie des villes. Cette pratique urbanistique n’est pas sans effets. Pour l’ensemble de nos interlocuteurs, elle risque d’engendrer frustrations et sentiments de discrimination, car elle donne l’image d’un islam subalterne aux autres cultes. «Cela peut être vécu comme une volonté d’éloigner les musulmans, estime Mohammed Moussaoui. Et cela empêche parfois les fidèles de faire bon accueil à certains projets émanant d’une mairie.» Aujourd’hui, les jeunes, comme ceux d’Epinay, ne veulent plus rester discrets, ils revendiquent leur pratique religieuse et s’affichent. «Un jour viendra où l’islam fera partie du paysage, conclut Mohammed Telhine. Un jour, la situation s’apaisera et se normalisera.»

Source :  © 2011 Le Temps - jeudi10 février 2011 Par Catherine Dubouloz

 

Commentaires  

 
+2 #3 Moutelbush 2012-02-23 04:21 Selam'alikoum

Juste pour vous dire que personne ne s'indigne sur le fait que tous les lieux de prières ne doivent pas être visibles…ces mosquées ou lieux de prières pour la majorité des cas…sont trés éloignés des centre-villes..et malgré cela el hamdoullillah les salles sont blindées le joumouh'a..les kfr's veulent éteindre la Lumière divine…baba…ils rusent et ALLAH ruse…le dernier mot appartient toujours à notre Seigneur…Oeuvrons - Oeuvrons pour nos futurs petits enfants…Oeuvrons …Travaill ons..Travaillons..
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+1 #2 HB 2011-07-19 20:54 Salat wa salam ala Saydina Mohammed wa ala asahbihi ajmaine,
As Salam Alaykoum wa Rahmatoulahi wa Barakatouhu

"Et Rappelle; Car Le Rappel Profite Aux Croyants". [Sourate 51 - Versets 55]

Au Japon un Rappel pour les gens doués de raison

www.dailymotion.com/video/x5hbw3_seisme-au-japon-un-rappel-pour-les_news#from=embed

Sheikh Said Rageah
Vivons comme des musulmans !

www.dailymotion.com/video/xjc9ku_vivons-comme-des-musulmans-sheikh-said-rageah_webcam

Qu'Allah nous compte parmi ceux qui disent " nous avons entendu, nous avons obei"

Imprègnons-nous de la paix de ce mois BENI

Bon ramadan رمضان كريم

Ramadan moubarak said

Allah ij3el ramadan chehr el kheir ou al marfira ou al barakka

Allah ihdina ou ihdi al jameh al muslimine

FI AMAN ALLAH
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+2 #1 SOULAYMAN 2011-02-28 09:23 Asalam alaycoum ,ma question est la suivante arfois je suis amener a faire mes courses a 50 km de mon domicile l heure de la priere arrive ,pas le temps de trouver une mosque (stationnenment etc…) donc priere seule a l'exterieur comment vais je faire si je ne peu plus prier dehors ? me cacher comme un voleur ? Citer
 

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