Le gouvernement reçoit son islam de France
Écrit par Ilyess   
Dimanche, 05 Juillet 2015 12:20

150 personnalités issues de divers milieux musulmans sont conviées ce lundi 15 juin au ministère de l'Intérieur pour un grand «forum» à l'ampleur et au casting inédits.

Par son ampleur, par sa méthode, la réunion qui se tient ce lundi au ministère de l’Intérieur est exceptionnelle. Un véritable sommet de l’islam de France, convoqué par les autorités de la République. Pour éviter (si faire se peut) les polémiques, les lettres d’invitation ont été envoyées seulement il y a une dizaine de jours. Sur la liste de cette instance de dialogue (tenue secrète jusqu’à ce lundi matin), qui ne sera pas «un parlement prenant des décisions», a prévenu l’Intérieur, 150 personnalités issues de milieux musulmans assez divers, qui seront accueillies par un discours du Premier ministre. Réparties en quatre ateliers, elles vont réfléchir ensemble aux grandes problématiques auxquelles la deuxième religion de France est toujours et encore confrontée : constructions de lieux de cultes, statut et formation des imams et des aumôniers, actes antimusulmans, organisation du grand pèlerinage à La Mecque et des circuits de la viande halal, carrés musulmans dans le cimetière.

Ce sommet est l’aboutissement d’un processus lancé juste après les attentats de janvier. Clairement, ceux-ci ont servi d’accélérateur. Localement, des rencontres ont été organisées au cours des trois derniers mois par les préfets. «Cinq mille personnes y ont participé», précise Pascal Courtade, le chef du bureau des cultes au ministère de l’Intérieur. Le casting a parfois fait grincer des dents. Mais de cette vaste consultation ont émergé les thèmes traités ce lundi et la liste des participants. «La question de la radicalisation n’est pas en tant que telle une question spécifique du culte musulman, dit-on dans l’entourage du ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve. En tous les cas, elle n’a pas émergé lors des réunions sur le terrain

Le panel de personnalités déborde largement les frontières du CFCM (Conseil français du culte musulman). «Cela va dans le bon sens. Depuis plusieurs années, je dis que le CFCM est coupé du terrain, ne remplit plus sa mission», se réjouit Kamel Kabtane, le recteur de la Grande Mosquée de Lyon, lui-même invité. De fait, le sommet de Beauvau signe l’impasse dans laquelle se trouve l’instance officielle de l’islam de France, créée en 2003 sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur. Déchiré par des rivalités internes liées aux pays d’origine, le CFCM s’est discrédité à la base, coupé des jeunes générations et n’a guère avancé sur des dossiers qui, par ailleurs, sont très délicats à gérer. Malgré tout, le gouvernement, censé ne pas intervenir dans les affaires religieuses selon la loi de 1905, n’a pas voulu purement et simplement le supprimer.

Montée en puissance du salafisme

Depuis fin février, le ministre de l’Intérieur se livre à un numéro d’équilibriste pour ne pas froisser les susceptibilités, donner des garanties à l’instance officielle mais aussi à l’Algérie et au Maroc. «Les autorités françaises ont besoin de ménager Rabat», souligne un des experts de l’islam de France. Fin juin, la présidence du CFCM va, en effet, passer dans les mains d’Anouar Kbibech, leader du Rassemblement des musulmans de France (RMF), l’un des relais de Rabat dans l’hexagone.

Quoi qu’il en soit, «le CFCM va sortir très affaibli de la réunion de lundi», souligne M’Hammed Henniche, secrétaire général de l’UAM-93 (Union des associations musulmanes de Seine-Saint-Denis).

Pour le gouvernement, il s’agit d’abord de rassembler car les attentats de janvier ont gravement déstabilisé les milieux musulmans. Et de remettre tout le monde au travail. «Même à la base, il y a une prise de conscience que nous sommes presque à un point de non-retour, s’inquiète Azzedine Gaci, recteur de la mosquée de Villeurbanne. La violence touche tout le monde et nous sommes très inquiets pour les jeunes, de plus en plus perméables à la radicalisation.» Sur le terrain, de nombreux imams s’inquiètent de la montée en puissance du salafisme. Même s’il demeure minoritaire, ce courant ultraorthodoxe et ultra-rigoriste a de plus en plus d’influence parmi les jeunes générations.

Au terme des réflexions de lundi, aucune décision fracassante ne devrait être annoncée. Mais soucieux de faire avancer les dossiers, Bernard Cazeneuve, dans son discours de clôture, annoncera les modalités et le calendrier pour la suite des travaux. La balle sera alors dans le camp des musulmans.

Source : Bernadette SAUVAGET dans Libération

 

 

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