Les "barbus" dans le 9-3
Écrit par Ilyess   
Mercredi, 25 Février 2009 15:21

 Les « barbus » dans le 9-3

En juin 2004, un rapport de la direction centrale des Renseignements généraux s'inquiétait d'un « repli communautaire » dans les banlieues. L'influence des prêcheurs islamistes était particulièrement montrée du doigt. Leur « prosélytisme intégriste (...) porte ses fruits, notamment auprès des jeunes et des enfants, pris en charge par de nombreuses associations qui oeuvrent dans le domaine sportif et éducatif (crèches, écoles coraniques) ». Ces mêmes prêcheurs attisaient chez les jeunes l'idée selon laquelle ils étaient « victimes de discrimination et de racisme ».

Un an et demi plus tard, dans un rapport publié après les violences urbaines d'octobre-novembre 2005, la tonalité était sensiblement différente. Les RG parlaient d' « insurrections non organisées » dans lesquelles les islamistes n'auraient joué « aucun rôle ». Ceux-ci auraient eu, au contraire , « tout intérêt à un retour rapide au calme pour éviter les amalga mes ».

Quelle version croire ? Aujourd'hui, la thèse la plus répandue est que les « grands frères » auraient joué un rôle modérateur, comblant le vide laissé par les élus, les forces de l'ordre, les acteurs sociaux ou les associations de quartier. Bref, les « barbus » auraient remplacé la République.

Au cours des nuits d'émeutes de novembre 2005, ce qui a surtout frappé les observateurs, ce sont les rondes de nuit organisées par des pères de famille, la plupart musulmans pratiquants, pour ramener les jeunes à la raison - voire à la maison. Hassen Farsadou, président de l'Union des associations musulmanes de Seine-Saint-Denis (UAM 93), a participé à ces rondes à Aulnay-sous-Bois. « Nous avons commencé à bouger avant même que la mairie ne réagisse. Tout le monde était dépassé. Nous avons contribué à calmer les choses. » Pourquoi ont-ils voulu jouer ce rôle de médiateurs ? Pour Abdelghani Haddouche, responsable de la mosquée du Pré-Saint-Gervais, la question est presque incongrue. « Pourquoi ? Mais parce que c'est notre ville, notre vie ! Et parce que c'est interdit de brûler des voitures ! »

Visiblement, les émeutiers n'étaient pas des piliers de mosquée. « Les jeunes de mon quartier, je les connais, témoigne M. Haddouche. Ceux qui ont participé aux émeutes n'étaient pas spécialement pratiquants ... » « Il ne faut pas se voiler la face, rectifie M'hammed Henniche, secrétaire général de l'UAM 93. La plupart des émeutiers étaient d'origine musulmane. Notre première réaction a été de nous dire : il faut les calmer. Sinon, on va encore coller ça sur le dos de l'islam et des musulmans. D'ailleurs, c'était le prisme des médias anglo-saxons qui ont pris contact avec nous : pour eux, c'étaient les musulmans qui se révoltaient. »

Si ce type de médiation a eu une influence quelconque, il n'est pas sûr que ce soit grâce à l'islam. « J'ai assisté à l'une de ces tournées, témoigne Nicolas Mom, qui écrit des articles pour le site musulman saphirnews.com. Les jeunes écoutaient les adultes, parce que ces personnes leur rappelaient leurs parents. Il y avait un enjeu de dialogue entre les générations. »

M'hammed Henniche était conscient qu'il s'exposait aux critiques en organisant ce type de médiation. « A un moment donné, on s'est dit : «Il faut qu'on arrête, sinon on va impliquer l'islam». En même temps, on ne pouvait pas rester les bras croisés. » Effectivement, l'islam a été mis en cause indirectement après les violences urbaines. Dans sa lettre du 13 juin adressée au ministère de l'intérieur, Jean-François Cordet, préfet de la Seine-Saint-Denis, déplore que « le relais de la gestion locale [soit] pris par les «barbus» », et que leur influence se fasse sentir « à chaque réveil de l'agitation dans telle ou telle cité ».

Indéniablement, l'islam a imposé sa marque dans le paysage de certains quartiers du « 9-3 », la Seine-Saint-Denis. Les non-musulmans sont frappés par les tenues vestimentaires. Voile sous toutes ses variantes, laissant apparaître, au choix, le visage ou seulement les yeux. Pour les hommes, c'est le look « BCBG » : barbe, chapelet, bâton de siwak (pour se curer les dents), gandoura. Karim Azzouz, membre du Collectif des musulmans de France (CMF), s'insurge contre ces préjugés. « L'habit ne veut rien dire. Moi, je suis vêtu comme tout le monde. Pourtant j'ai des opinions politiques radicales. Un membre du Tabligh [mouvement prosélyte et piétiste], qui ne fait pas de politique par principe, portera le qamis [djellaba] et la barbe longue... »

Certains secteurs se sont doucement islamisés. Boucheries halal, librairies islamiques, kebab fast-food, agences de voyages pour La Mecque, taxiphones pour appeler au bled, coiffeurs maghrébins qui manient la tondeuse. Pendant le ramadan, les restaurants sont fermés le midi. Certains préviennent en vitrine que leur jour de fermeture est le vendredi. M'hammed Henniche a son explication : « Beaucoup de musulmans très pratiquants ouvrent un petit commerce. Cela leur permet de pratiquer un islam rigoriste sans rendre de comptes à un patron. » Pour Karim Azzouz, cette islamisation du paysage est liée à « un effet de rattrapage et un effet de concentration ». Il s'explique : « Des boucheries halal, il n'y en avait pas suffisamment. Et l'embourgeoisement des centres-villes conduit à refouler les populations musulmanes aux marges. »

Tous les vendredis, les mosquées sont pleines. Selon l'annuaire La Boussole, qui les recense, il y aurait cent cinq lieux de culte musulman dans le département, tout compris : mosquées, salles de prière aménagées dans des foyers, des pavillons, des friches industrielles. « On est au maximum de capacité », constate Hassen Farsadou. Karim Azzouz va plus loin : « Les nouvelles mosquées sont tout de suite remplies. A Bagnolet, il y avait trois petites salles de prière dans des foyers, toujours pleines. On a ouvert une nouvelle mosquée de 1 000 places. Elle n'a pas vidé les foyers, au contraire. Tous les vendredis, les quatre lieux de culte débordent. »

Ces mosquées sont fréquentées majoritairement par des jeunes. « Ils subissent un sermon en arabe qu'ils ne comprennent pas pendant une heure, déplore M. Azzouz. Dans le meilleur des cas, ils ont droit, à la fin, à un résumé en français qui dure cinq minutes. » Dans ce cas, pourquoi tant de jeunes à la mosquée ? « C'est peut-être simplement un phénomène démographique, avance Karim Azzouz. On a affaire à une population très jeune. »

L'islam, en Seine-Saint-Denis, n'est pas plus radical qu'ailleurs, il le serait même moins. Sur les deux mosquées identifiées comme salafistes, à Stains et à Noisy-le-Grand, l'une a changé d'imam, l'autre a été fermée. Désormais, les principaux centres salafistes se situent dans les Hauts-de-Seine. Karim Azzouz relève cependant, ici comme ailleurs, « une évidente progression du salafisme au détriment du Tabligh », même s'il n'est pas « sanctuarisé » en un lieu précis. « Aujourd'hui, les mosquées sont tenues principalement par des Marocains traditionalistes, souvent proches du Tabligh », estime Mohammed Henniche.

L'islam du 9-3 est un islam émietté. Aucune organisation ne serait en mesure de le mobiliser. Karim Azzouz est bien placé pour le savoir. Son mouvement, le Collectif des musulmans de France, a été l'un des organisateurs des manifestations contre la loi sur le voile, en 2004. Récemment, il a tenté de mobiliser en faveur de la Palestine. Echec dans les deux cas. « Personne n'est en mesure de faire descendre les musulmans dans la rue, déplore-t-il. L'islam du 9-3 est composé de groupes autonomes en reconstruction permanente. »

La meilleure preuve de cet émiettement a été apportée par les résultats de la fatwa (avis juridique) édictée par l'Union des associations islamiques de France (UOIF) au plus fort des émeutes. Ce texte condamnait les violences au nom de la religion et appelait au calme. L'effet a été égal à zéro. Mieux encore, l'UOIF, association qu'on prétend influente auprès des jeunes musulmans, a été dénoncée de tous côtés. « Faire une fatwa pour des gens qui ne sont pas pratiquants, cela n'a aucun sens », peste Hassen Farsadou.

Rares sont les organisations religieuses qui ont une influence sur la jeunesse des banlieues. Mohammed Colin, 28 ans, directeur du site saphirnews.com, le reconnaît : « Il manque des cadres en contact avec les jeunes des quartiers. Ceux qui sont en phase d'ascension sociale, c'est-à-dire tous les diplômés, quittent les périphéries. Dans ce sens, nous sommes dans une situation très différente de celles des chrétiens de gauche du XXe siècle, qui allaient au contact du monde ouvrier. »

Lorsque l'islam joue un rôle dans le tissu social des quartiers, c'est plutôt par défaut. « Le cas typique est celui d'un groupe de sept ou huit étudiants qui se crée pour faire du soutien scolaire, explique Karim Azzouz. Ils sont tous musulmans et fréquentent la mosquée, à l'exception d'une Antillaise et d'un Portugais. L'association va être forcément estampillée comme islamiste. A l'inverse, une mère de famille voilée qui va essayer de s'impliquer dans une association de parents d'élèves sera refoulée. » Si l'on en croit Karim Azzouz, il ne resterait, dans certains quartiers, que « des associations musulmanes, quelques équipes de foot et le Front national ».

Xavier Ternisien - Article paru dans l'édition du 17.11.06

Source : Le Monde 

 

 

 

Commentaires  

 
0 #9 faridoune 2012-03-10 12:19 On doit sortir un peu de cette paranoïa ambiante qui voit des islamophobes un peu partout.

salam,

ha bon tu crois que les musulmans sont des paranos,qu on prend du plaisir, qu on est masos, toutes les lois qu on fait contre les musulmans,les caricatures, etc etc c est de la parano, moi mon frere je te conseille de lire un peu plus et de te renseingner car tu m as l air vraiment un peu perdu

conseil de frere
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-2 #8 faridoune 2012-03-10 12:14 salam,

c est un torchon brulant cet article, et pour votre info le journal le monde n est plus ce qu il etait, à savoir un journal de centre et d informations, aujourdui comme la chaine arte ils sont à la solde d un certain bhl et alain minc deux sionistes qui tapent sur tout ce qui est islam, renseignez vous et voyez qui est directuer du journal le monde un certain izraelli.
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-4 #7 sophie 2011-02-07 15:43 je vois que l'on mélange tout comme toujours.

il s'agit d'un concours de clichés, au journaliste qui en fera le plus!!!

ça ressemble à l'affaire Dreyfus, on stigmatise tout une communauté.
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+2 #6 omar khayyam 2010-11-02 12:23 Je cite : "Il ne faut pas se voiler la face, rectifie M'hammed Henniche". Est ce un message général ? Citer
 
 
+2 #5 Hûsam 2010-10-25 18:54 Karim Azzouz dit: "moi, je suis vêtu comme tout le monde"!!

gandoura ou pas??
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+2 #4 Abou ibrahim 2010-08-02 13:01 Effectivement, ça ne fait pas trop "politiquement correct" que de dire que les responsables religieux des quartiers peuvent jouer un rôle de médiateurs auprès des jeunes.

Pourtant, tous ceux qui connaissent un minimum "la cité" savent que le religieux qui fréquente la mosquée impose le respect et est souvent écouté.
Alors plutôt que de lier "islam" et "délinquance" chère à certains, le politique devrait prendre la (nouvelle) donne en considération, à savoir que là où la République a échoué, des responsables associatifs ou religieux peuvent avoir de meilleurs résultats avec le dialogue de terrain.
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+7 #3 Abou ibrahim 2010-08-02 12:46 assalamou 'alaykoum,

Multi-citer fieredemonvoile :
salam aleykoum

c'est bien et belle un journal anti-islam

ou le problème ?? que nous pratiquiant notres religion ? qui esr des fast food ,boucherie halal etc pfff


Ma soeur, faudrait arrêter de voir de l'"anti-musulman" partout.

Il arrive aussi que des journalistes fassent leur travaille journalistique tout comme le boulanger ou la boulagère du coin fait son travail.

On doit sortir un peu de cette paranoïa ambiante qui voit des islamophobes un peu partout.

C'est juste un conseil chère soeur.
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-1 #2 fieredemonvoile 2010-05-29 17:23 salam aleykoum

c'est bien et belle un journal anti-islam

ou le problème ?? que nous pratiquiant notres religion ? qui esr des fast food ,boucherie halal etc pfff
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+5 #1 fabienne 2010-04-19 17:17 salam;
pas mal l'article, non ?
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