Voile : Muhammad Hamidullah écrit à France Culture
Écrit par Administrator   
Lundi, 10 Octobre 2011 02:39

Nous publions ici un courrier du Professeur Muhammad Hamidullah, daté du 15/12/1980, adréssé au directeur de France Culture en réaction à une émission radio autour du voile.

Professeur Muhammad Hamidullah
4, rue de Tournon,                           
75 006 Paris,

Le 15.12.1980
A Monsieur le Directeur,
France Culture, Dialogues, dirigés par M. Roger Pillaudin
Av. de Président Kennedy,
Radio France,
France.

Monsieur le Directeur,

J’ai l’honneur de vous faire part des doléances et des réactions de vos auditeurs musulmans, à propos de votre émission du mardi 4 novembre 1980, 21h15-22h30, où les Profs Bammate et Jacques Berque ont participé. Les musulmans sont inquiets d’autant plus qu’on a appris que vous allez produire des cassettes de cette émission et les distribuer commercialement.

Selon M. Bammate :
« Dans le Coran il est seulement dit que les femmes du Prophète doivent porter des vêtements qui empêchent de voir leurs chevilles et leurs bracelets. »
Et M. Jacques Berque d’ajouter :
« Je crois que votre réponse est parfaitement cohérente, et je vais y ajouter quelque chose qui sera moins pondéré. »
Puis il pensa que le terme coranique « qui protègent de la chose cachée » concerne les « Mystères ».
Pour ce qui est de l’affirmation de M. Bammate, faite sans doute par distraction, elle implique qu’il n’y a pas de voile pour les femmes musulmanes de commun. C’est inexact, et il ne faut pas offenser l’opinion publique musulmane en répandant de telles inexactitudes.

Je dirais qu’il faut corriger sur les ondes ce qui a été dit, et il faut arrêter la reproduction de cassettes de cette émission, tout au moins en retranchant cette partie. Je vous cite pour appui les passages du Coran concernant les femmes du Prophète, cf Coran XXXIII, 32-34 :

« Femmes du Prophète ! Vous n’êtes pas comme de quelconques femmes. Si vous voulez vous comporter en piété, alors, ne vous abaissez pas en parole, afin que ne vous convoite pas celui au cœur de qui est al maladie. Et parlez parole convenable.
Tenez-vous dignes dans vos foyers ; et ne vous montrez pas de la façon dont on se montrait lors de l’ancienne ignorance. Et établissez l’Office, et acquittez l’impôt-zakât, et obéissez à Dieu et à Son Messager. Dieu ne veut autre chose, en vérité, que faire partir de vous la souillure, gens de la Maison, et vous purifier de purification.
Et rappelez-vous ce qui, dans vos foyers, est récité des signes de Dieu ainsi que de la Sagesse, oui, Dieu demeure doux, informé
».

Il n’y a rien de chevilles et de bracelets, mais il y’en aura à propos de Musulmanes du commun. Mais avant d’y venir, signalons que dans la même sourate 33, verset 53, il est encore une fois question des femmes du Prophète :

« Ho, les Croyants ! N’entrez pas aux demeures du Prophète, à moins qu’invitation e vous soit faite à un repas, et encore pas dans le temps qu’on le cuisine... Et quand vous demandez à ses femmes (du Prophète) quelque chose, demandez-leur alors, derrière un rideau ; et c’est, pour vos cœurs et leurs cœurs, plus pur... »

Pour ce qui est des Musulmanes en général, la même sourate 33 en a parlé une première fois dans le verset 59 :

« Ho, le Prophète ! Dis à tes épouses, et à tes filles, et aux femmes des Croyants, de ramener sur elles leurs grands voiles (djalâbîb, qui vont de la tête jusqu’aux chevilles) : elles en seront plus vite reconnues et exemptes de peine ; et Dieu reste Pardonneur, Miséricordieux. »

Puis dans une sourate révélée un peu plus tard, XXIV, 31 :

« Et dis aux Croyantes qu’elles baissent leurs regards, et qu’elles gardent leur chasteté, et qu’elles ne montrent de leurs parures que ce qui en paraît, et qu’elles rabattent leurs voiles (khumur, qui cachent le visage) que leur poitrine, et qu’elles ne montrent leurs parures qu’à leur mari, ou à leur père, ou au père de leur mari, ou à leur fils, ou au fils de leur mari, ou à leurs frères, ou à leurs compagnes, ou aux esclaves que leur maris possède, ou aux domestiques mâles qui n’ont pas le désir ( : eunuques), ou aux garçons qui n’ont pas encore puissance sur les parties cachées des femmes. Et qu’elles ne fassent pas sonner leurs pieds de façon que l’on sache de leurs parures ce qu’elles cachent. Et repentez-vous tous devant Dieu, Ô Croyants, peut-être serez-vous gagnants. »

Dans ce dernier verset, il y a en effet allusion aux ornements de chevilles, pas uniquement ceux des femmes du Prophète. Du couvre-visage sont exemptées les vieilles, (cf sourate 24, verset 60) :

« Et quant aux femmes atteintes par la ménopause, qui n’espèrent plus mariage, nul grief à elles, alors, de déposer leurs étoffes, mais pas de se faire voir en parure ; et si elles cherchent la chasteté, c’est mieux pour elles ! Dieu entend, cependant, il sait ».

En ce qui concerne la remarque du Prof. Jacques Berque, je cite le passage visé, et l’on verra s’il y aura lieu de trouver les mystères mystiques. Dit le Coran (IV, 34) :

« Les hommes sont les directeurs, pour les femmes, à cause de l’excellence qu’entre eux Dieu accorde aux uns sur les autres, ainsi que de la dépense qu’ils font de leurs biens. Les femmes de bien sont celles qui sont de dévotion, qui protègent, même dans le secret, ce que Dieu a protégé. Et quant à celles dont vous craignez l’infidélité, exhortez-les, abandonnez-les dans leurs lits, et battez-les. Si elles viennent à vous obéir, alors ne cherchez plus de voies contre elles. Dieu demeure haut, grand, vraiment ! »

En vous remerciant d’avance des mesures que vous allez prendre à ce sujet, je vous prie de bien vouloir agréer, Monsieur le Directeur, l’expression de mes sentiments très respectueux.

Muhammad Hamidullah
maître de recherche (honoraire) au CNRS

 

 

Commentaires  

 
+2 #2 Othmane 2011-11-08 12:25 Malade, nous lui avions rendu visite avec un frère. Il habitait dans un immeuble du 6ème arrondissement. C'était un petit appartement, modeste, sous les combles prévu initialement pour les domestiques. Les habitants de cet immeuble avaient eu la gentille attention d'installer pour le professeur à chaque étage un petit fauteuil pour qu'il puisse se reposer un instant lorsqu'il regagnait son appartement.
Dans cet appartement il y avait des livres partout, beaucoup étaient posés à même le sol.
C'était sa nièce qui nous avait ouvert. Elle venait des Etats Unis pour s'occuper de son oncle. Le professeur Hamidullah dormait. Nous n'avons pas voulu déranger plus le professeur et avons pris congé.
La nièce nous a retenu nous disant que le professeur ne serait pas content et qu'il insistait pour être réveillé afin recevoir ses visiteurs.
Elle a finit par le réveiller, nous l'avons saluer. Nous lui avons demandé si il avait un quelconque besoin. Il a levé les mains en signe d'invocation.
Je remercie Dieu pour cette rencontre et ce privilège.
Rahima ou Allah
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+4 #1 BOUFRIOUA 2011-10-11 13:57 Je l'ai rencontré sur Paris . Un grand bonhomme le Professeur Hamidullah . Je lui avait juste posé une question avec deux amis ; en fait de question c'était juste un mot : la franc-maçonnerie . Il s'est énervé et d'un geste de la amin il me stoppa en me disant très fermement :" c'est interdit , interdit" . Moi j'éyais convaicu avec un deuxième ami , c'est surtout pour le troisième qui est dans le mouvement des frères musulmans et qui officie comme Imam . C'est un bon souvenir que cette rencontre . Allah yarhmou . Citer
 

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