Appel d'humanitaires français à Bengazi
Écrit par Administrator   
Samedi, 19 Mars 2011 18:02

“Il aurait peut-être fallu les aider”. C’est ce que pourront se dire les opinions publiques occidentales  lorsque Mouammar Kadhafi, ayant repris le pouvoir, se livrera à de nouvelles  frasques, plus ou moins grotesques mais en tous cas bien pales  reflets  de l’actuelle tragédie libyenne. Vu du terrain, en effet,  sa victoire semble  inéluctable tant les forces en présence sont disproportionnées….et le manque de soutien extérieur flagrant.

Humanitaires habitués aux situations de conflits, issus de diverses ONG, nous avons choisi d’aller ensemble  en Libye, en totale conformité avec notre vocation quant à l’aide à porter aux victimes et au respect des droits de l’homme.

A la frontière tunisienne de Ras Ejdir, grâce aux efforts combinés des autorités, de la solidarité locale et des organisations internationales, les besoins de première nécessité pour plus de 120 000 personnes ont été couverts en un temps record. Les rapatriements  vers les pays d’origine ont pu être organisés malgré toutes les difficultés logistiques, financières ou juridiques. Cependant, aujourd’hui encore, près de 13000 personnes attendent dans un camp que les procédures les concernant aboutissent. Les soldats pro-Kadhafi ayant fermé cette frontière aux journalistes et humanitaires, nous avons fait le choix de rejoindre les zones de combats –au plus près des victimes- en passant  par la frontière égyptienne.

Depuis le début du conflit, plus de 100,000 personnes ont transité par le poste égyptien de Salloum. Aujourd’hui environ 2000 refugiés d’origines diverses restent encore cantonnés dans ce no man’s land qui caractérise parfois les zones frontalières. Tous, femmes et enfants inclus, couchent à même  le sol, à peine protégés du froid par des couvertures, dans des conditions sanitaires précaires voire inexistantes. Malgré les difficultés, nos équipes tentent encore de trouver une solution permettant d’améliorer les conditions de vie de ces personnes.

Profitant d’un des nombreux convois  humanitaires égyptiens, nous avons rejoint la ville de Benghazi, capitale de la résistance. A Tobrouk, Al Marj et Benghazi, nous avons pu observer l’excellence opérationnelle des structures de santé libyennes. Il peut manquer certains médicaments pour traiter des pathologies chroniques et le manque d’infirmières pèse parfois sur l’organisation des soins. Certes si le conflit devait encore prendre de l’ampleur et le nombre de victimes croitre drastiquement, les hôpitaux pourraient, comme partout,  être débordés. Ce n’est absolument pas le cas aujourd’hui.

L’essentiel est  ailleurs. Sans une volonté politique ferme de la communauté internationale, et sa mobilisation rapide, urgente, l’espoir de ces jeunes libyens qui ont engagé leur vie pour faire de leur pays, un pays libre, s’éteindra. C’est parce que l’histoire n’offre que de rares opportunités comme celle-ci, que la communauté internationale a l’obligation morale de se mobiliser. A quoi bon les discours  prétendant condamner les dictatures, voire appeler à leur chute, si la communauté internationale ne se montre pas capable de soutenir les mouvements populaires d’aspiration à la démocratie qui émergent ?

Beaucoup a été dit sur la force de l’espoir. Sa capacité a renverser des situations perdues d’avance. Mais l’espoir aussi s’entretient. Rien n’est pire qu’un espoir déçu, et celui un temps suscité par certaines prises de positions européennes mérite d’être relayé par les institutions internationales, au premier rang desquelles,  naturellement, l’Europe et l’ONU. Les jeunes insurgés libyens en ont un besoin vital. Et si porter une arme à feu n’a peut-être pas suffi  à faire d’eux les combattants dont l’histoire retiendra la victoire, le courage de leur engagement en a déjà fait des Hommes libres. Pour combien de temps encore ?

Humanitaires dont la volonté d’assistance n’entrave en rien celle du témoignage, nous tenons ici a rendre compte de trois choses que d’autres récentes actualités ne doivent pas faire oublier.

La première, c’est la souffrance du peuple libyen pris entre deux feux et à l’avenir problématique. Souffrance également des migrants bangladais, arabes ou sub-sahariens qui fuient les combats, l’incertitude économique ou encore le ressentiment de la population libyenne.

La seconde est l’immense, incroyable solidarité des Tunisiens et des Egyptiens qui, malgré les heures difficiles qu’ils ont vécu et vivent encore, continuent à envoyer des convois de nourriture, de vêtements, de couvertures et de médicaments vers les frontières ou les villes libyennes encore accessibles. Témoignages de solidarité d’autant plus forts que résultant d’une action citoyenne spontanée. Superbe symbole que ce soit de l’ambassade de Libye à Tunis même, désertée, que partent les convois. Pendant que la frileuse Europe se demandait comment empêcher d’hypothétiques vagues de migrants sur ses cotes méditerranéennes, de jeunes tunisiens et égyptiens chargeait des camions qu’ils acheminaient eux-mêmes sur des centaines de kilomètres.  C’est bien grâce à eux que les dizaines de milliers de réfugiés de toutes nationalités ne souffrent pas de la faim et que les hôpitaux libyens sont à même de faire face à la crise.

La troisième chose que nous tenons à rappeler ici est le grand courage et le formidable espoir animant les jeunes Libyens ayant pris les armes contre Kadhafi. La plus puissante d’entre elles est sans doute la confiance que, malgré l’évidence, ils ont en la victoire. Ils sont jeunes, inexpérimentés, peut être naifs, mais aussi convaincus que la communauté internationale les soutiendra de façon concrète. Cette conviction nous semble profondément justifiée. La France a suscité un grand espoir en reconnaissant le gouvernement transitoire. Aujourd’hui, on peut voir à Tobrouk ou Bengazi des graffitis « vive la France » et quelques drapeaux tricolores dans les manifestations. Que cette prise de position de la présidence française soit avisée ou pas n’est pas notre affaire. Il est à présent fondamental de soutenir cette force de liberté et d’être digne des espoirs engendrés, Les peuples libyens, tunisiens, égyptiens, mais aussi tous ceux que révolte l’injustice de la situation nous regardent. Le courage de ces hommes parfois adolescents engagés dans ce conflit et les risques qu’ils prennent pour eux et leur famille ne rend que plus honteux le manque de réactivité de la communauté internationale. Tous les Libyens rencontrés, sans exception, demandent une seule chose, l’interdiction d’une zone de vol. Ni une intervention militaire au sol, ni même des armes, simplement de rendre ce combat un peu moins inégal.

Bengazi, vendredi 18 mars 2011
Jacques Beres, co-fondateur et ancien président de Médecins Sans Frontières
Hassen Farsadou, UAM-93
Renaud Helfer-Aubrac, volontaire pour Pharmacie Aide Humanitaire
Didier Peillon, médecin urgentiste, Président de Solidarité Hospitalière

 

 

Commentaires  

 
+4 #3 mansouri 2011-03-22 21:49 Il faut rappeler que Mr Beres avait dit quand il partait pour gaza, qu'il le faisait pour Israel. Vous ne trouvez pas que ce langage''humanitaire'' rejoint celui de BHL. C'est le même combat. Si Kadhafi a été poussé sur ses retranchements, les impérialistes et en tête la france courent derrière des objectifs altantistes qui n'ont rien à voir avec le bien être du peuple libyen courrageux. Et nos amis d'UAM qui veulent faire du loobing quand ils vont se reveiller vraiment!! En soutennat de pareilles actions par ignorance ou inexperience ils se font du mal et font mal aux musulmans que se soit ceux de Gaza ou aux libyens aux quels ils veulent sinsèrement apporter quelque chose. A bon entendeur, salut et je dirais plus encore Allah vous guide vers la meilleur voie. Amine Citer
 
 
+6 #2 etoile127 2011-03-22 14:13 Voilà maintenant la guerre"humanitaire"est là -qui lance des bombes sur des civils "pro-Kadafi".Une guerre reste une guerre.L'occident n'est pas là-bas pour la bien être du peuple Libyen pour leurs propre internet.Pourtant je ne porte pas Kadafi dans mon cœur.Vous allez voir,ça va devenir la 2éme IRAK.quelle honte pour la pays Arabe Citer
 
 
+4 #1 ahmad 2011-03-22 13:49 Uam en Libye !!!
Le titre de l'article est tres vague, je pensais qu'il s'agissait d'humanitaires genre ONG et je découvre quoi ? nos amis de l'UAM-93
bon retour !
Citer
 

Ajouter un Commentaire


Nous contacter

UAM93 
Union des Associations Musulmanes
de la Seine-Saint-Denis 
Adresse : 23, rue Edgar Degas
93600 Aulnay-sous-Bois 
Tél. : 06 19 89 93 74
Tél. : 06 01 99 34 57
Fax : 09 55 36 29 66
Mail : contact@uam93.com

Article en Rapport


Liens commerciaux

Chroniques